Bilan d’une année de stratégie en matière de politique d’armement

Halle de production de blindés Piranha chez Mowag (GDELS) à Kreuzlingen (TG), @DDPS (https://www.ar.admin.ch/fr/strategie-armement-cf)

Il y a une année, le Conseil fédéral dévoilait sa nouvelle stratégie en matière de politique d’armement. De manière résumée, celle-ci vise à renforcer la capacité de la Suisse à acquérir et entretenir des équipements afin d’équiper son armée dans un contexte où la demande internationale est très forte. De même, les possibilités pour la Confédération, petit acteur ne faisant pas partie de l’OTAN, de se faire une place sur le marché de l’armement, que ce soit en tant que vendeur ou acheteur, se réduisent. Enfin, la loi sur le matériel de guerre limite toujours les opportunités d’exporter pour notre industrie de l’armement, menaçant l’existence même de celle-ci. Nous serons amenés à voter sur cet objet le 29 novembre prochain. Les difficultés ne manquent donc pas pour notre pays dans le domaine des acquisitions de matériel.

Afin d’y pallier, ce « plan » détaillait 5 objectifs, à savoir affermir les compétences et les capacités industrielles nationales, renforcer la recherche & développement dans le domaine de la sécurité, être apte à contribuer à l’armement de nos partenaires européens, afin de mettre en place une forme de troc industriel (« Je te mets à disposition des capacités de production et tu fais de même pour moi »), accroître la faculté de l’armée à coopérer avec ses homologues étrangers par le biais d’acquisitions communes et flexibiliser et accélérer les processus d’acquisition et de développement technologiques. Ces buts se déclinaient sur 10 champs d’action, traduits en 23 mesures.

Stratégie en matière de politique d’armement 2025, @DDPS (https://www.ar.admin.ch/dam/fr/sd-web/0Wzqle8IWiSk/%C3%9Cbersichtsgrafik%20R%C3%BCstungspolitische%20Strategie_fr.pdf)

Après une année d’existence, vient le temps d’un premier bilan. Le Conseil fédéral se montre globalement satisfait. Si peu de dispositions ont pu être concrétisées en seulement 12 mois, elles sont toutes en cours de mise en œuvre, de même que la coopération interdépartementale (économie, affaires étrangères) et les instruments de pilotage. Le rapport indique que « la première année du rapport a été principalement consacrée à l’élaboration des bases conceptuelles et juridiques. » La suite des travaux consistera à « traduire ces fondements en bases de planification solides et en normes opérationnelles afin de pouvoir en mesurer l’impact de façon quantifiable. »

La mesure 20 fait partie de celles qui se sont matérialisées. Elle consiste à mobiliser le réseau des attachés de défense suisses à l’étranger pour promouvoir les armements suisses. L’on devrait s’étonner que ça n’ait pas été le cas jusqu’ici, ou du moins pas formellement. La 11 a également été mise en œuvre. Son objectif était d’accroître la collaboration entre le DDPS et les EPF, chose faite grâce au « lancement du programme de recherche « Sécurité » sous la houlette de l’École polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). » La dernière mesure à avoir effectivement vu le jour sur l’année écoulée est la 15, à savoir effectuer des acquisitions conjointes avec des États partenaires européens. Il s’agit ici des batteries IRIS-T SLM commandées au travers des programmes d’armement 2024 et 2026 ainsi que des systèmes tactiques de guerre électronique, en commun avec les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark.

Comme pour la nouvelle planification de l’armement, la stratégie en matière de politique d’armement est un document « vivant » susceptible d’être modifié selon les besoins et les expériences. Ainsi, quelques menus changements techniques y ont été apportés.

La mise en œuvre des mesures n’en étant qu’à ses débuts, il est difficile de tirer un bilan de l’exercice à l’heure actuelle. Ce sont surtout les instruments de pilotage qui ont jusqu’ici été mis en œuvre. Si cela est peu spectaculaire, il s’agit d’une étape indispensable. Une stratégie de ce type ne construit pas des usines ou ne fabrique des munitions en une année ; elle construit d’abord l’organisation qui permettra ensuite de les produire. Les mesures « faciles » ont été instaurées, mais le bilan se fera sur celle qui sont les plus complexes, à savoir atteindre 60 % d’achats en Suisse lorsque cela est possible, effectuer 30 % d’achats européens, renforcer la base industrielle active dans le domaine de la sécurité et accélérer les processus d’achat d’armement.

En revanche, constatons que le Conseil fédéral en a en terminé avec des programmations figées sur 10 ans, et qui se révélaient forcément obsolètes avant la fin de leur concrétisation, comme l’ont été les rapports sur les Forces terrestres et aériennes de 2017 et 2019. Ceux-ci ont permis de poser les bases conceptuelles de notre outil de défense (niveau de capacité, besoins financiers, etc.) mais se sont révélés rapidement dépassés à la suite du déclenchement du conflit en Ukraine.

Quoi qu’il en soit, une partie des mesures comprises dans cette stratégie en matière de politique d’armement aura, comme le reste du DDPS, besoin de moyens supplémentaires afin de devenir réalité et se renforcer. Les discussions autour du budget de l’armée entraîneront donc des répercussions bien plus larges que le seul niveau d’équipement de l’armée. En outre, un certain nombre d’axes témoignent d’un besoin de stabilité financière. En effet, la recherche & développement et la production industrielle nécessitent de la visibilité à moyen voire long terme. Pour les fabricants, cela signifie par exemple des contrats-cadres s’étalant sur plusieurs années, plutôt que des commandes par à-coups, afin de les rassurer et de les persuader d’investir sur notre sol.

Le mois de juin aura été très riche d’annonces en ce qui concerne le budget, l’organisation de l’armée, la manière dont celle-ci entend pourvoir ses unités, les capacités de nos organes de sécurité civile ou encore les menaces susceptibles de toucher notre pays. Un tel foisonnement démontre une certaine inquiétude en haut lieu, mais aussi que la situation internationale, et ses implications pour le pays, sont désormais prises au sérieux.

Sources :

Communiqué de presse du DDPS, « Mise en œuvre de la politique d’armement : le Conseil fédéral prend connaissance du premier rapport annuel », 19.06.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/zRarjjR08urzuR7CU0PIj

DDPS, Rapport annuel 2025/2026 Mise en œuvre de la stratégie en matière de politique d’armement du Conseil fédéral, 19.06.2026 : https://cms.news.admin.ch/fileservice/sdweb-docs-prod-nsbcch-files/files/2026/06/18/40e2255a-4109-4970-8830-95f04cb47c29.pdf

Conseil fédéral, Stratégie en matière de politique d’armement du Conseil fédéral, 20.06.2025 : https://www.ar.admin.ch/dam/fr/sd-web/MG8ehZn5aw5R/Evolution%20de%20la%20politique%20en%20mati%C3%A8re%20d’armement%20de%20la%20Suisse.%20Strat%C3%A9gie%20en%20mati%C3%A8re%20de%20politique%20d’armement%20du%20Conseil%20f%C3%A9d%C3%A9ral_FR.pdf