RUAG appelé en renfort pour le projet RLE@NDP

Contrôleur aérien et Chief Air Defense Officer, ©DDPS (https://www.vbs.admin.ch/fr/projet-c2air-remplacement-composants-traitement-florako)

Air 2030 est le programme phare de la décennie pour l’armée. Malheureusement, le phare éclaire dans tous les sens et de manière intermittente, tant et si bien que les navires DSA LP, F-35 et RLE@NDP peinent à maintenir leur cap. Vous avez vu comme on maîtrise l’art difficile de la métaphore filée ?

Mais trêve de fanfaronnade. Aujourd’hui, c’est ce dernier volet qui nous intéresse. Pour rappel, derrière ce mystérieux nom se cache le programme de renouvellement des composants de notre surveillance et conduite des opérations aériennes. Actuellement, c’est le dénommé Florako qui assure cette tâche. Mais cela devient de plus en plus compliqué : les pièces commencent à manquer et, plus encore, les opérateurs sachant utiliser et entretenir cette ancienne infrastructure de contrôle se font rares. Raison pour laquelle son remplacement commence à se faire pressant.

Dans ce cadre, il est question de changer le système de commandement et de contrôle des missions en mettant en place des centres de calcul spécialisés au sein de la nouvelle plateforme de numérisation (NDP) de l’armée et de remplacer les dispositifs de traitement des signaux radar (Ralus) ainsi que celui de visualisation des signaux radar pour l’acquisition de renseignements aériens (CE Lunas).

Afin de mener ce chantier, c’est le français Thales et son système SkyView 4.0 qui ont été sélectionnés. Mais l’introduction de celui-ci comporte plus d’obstacles qu’initialement envisagés. Il y a une année, le département annonçait avoir négocié un avenant avec le fabricant afin de « mieux harmoniser les deux projets (RLE et NDP) sur le plan technique » tout en adaptant et en simplifiant l’architecture des solutions sélectionnées.

En février de cette année, le DDPS a de nouveau communiqué sur ce sujet. Les correctifs apportés durant l’été 2025 n’avaient manifestement pas suffi. En effet, après avoir mis sur pied une installation-test, les techniciens sont arrivés à la conclusion que le projet SkyView 4.0 allait nécessiter plus de personnel et de temps que ce qui avait été estimé. Il a donc encore une fois été décidé de négocier avec Thales afin de mettre sur pied des « mesures de stabilisation » touchant à « la démarche, la collaboration et le domaine technique ». L’objectif reste que ce système entre en service en automne 2029.

Il semblerait que les cadres des Forces aériennes vont transpirer encore plus que nous ces prochains temps. Dans un communiqué du 13 mai dernier, nous avons appris que des avenants avaient été signés avec le fabricant français et RUAG. Plus encore, « des changements de personnel au sein de la direction du projet sont en cours », signe que les choses ne se passent pas comme prévu. Le responsable a présenté sa démission, effective à la fin de ce mois, tandis que son suppléant « a décidé de changer d’activité au sein du DDPS ». La communication se veut rassurante, mais l’on ne peut s’empêcher d’y voir la preuve que le programme est dans une situation (très) difficile et ne va pas dans la direction souhaitée. De plus, le fait que le concours de RUAG soit nécessaire semble également démontrer qu’Armasuisse ne parvient pas à résoudre les difficultés à lui seul, et demande donc du renfort là où il peut en trouver. Malgré tout, les autorités escomptent toujours terminer ce chantier dans les délais et budgets prévus (283 millions de francs).

RUAG est-elle l’entité la plus à même de remettre ce projet sur de bons rails ? C’est que l’entreprise détenue par la Confédération traîne elle aussi un certain nombre de casseroles (nombreux changements au sein de sa direction, pilotage et contrôle mal assurés, etc.). D’un point de vue externe et amateur (donc ça vaut ce que ça vaut), le commandement Cyber, bien que certainement déjà fortement sollicité, semble être l’organisme le plus à même de régler les défis liés à l’introduction de ces nouveaux systèmes de surveillance aérienne.

En définitive, les choses ne semblent guère s’améliorer du côté de RLE@NDP. Le DDPS ne cesse de communiquer « à la Coué » en disant, de manière optimiste, qu’il y a une solution à chaque problème. Mais cet empilement de déclarations fait clairement comprendre qu’il y a loin de la coupe aux lèvres. Que se passera-t-il si le département n’arrive pas à surmonter les défis touchant le renouvellement de notre surveillance aérienne ? Dans le contexte actuel, où les menaces venant des airs sont considérées comme les plus probables, une défaillance dans ce domaine serait extrêmement dommageable. Car au-delà du seul remplacement de Florako, RLE@NDP constitue le cœur du futur système de conduite des opérations aériennes de l’armée suisse. Un retard prolongé ne toucherait ainsi pas uniquement la surveillance de l’espace aérien, mais également l’intégration des futurs moyens de défense sol-air et des F-35 dans un système cohérent de commandement et de contrôle. Outre les questions militaires, il y a donc un réel enjeu d’image et de politique au sens large.

Espérons donc que Berne trouvera rapidement le moyen de se dépêtrer de cette situation.

Sources :

DDPS, Projet RLE@NDP – Remplacement des composants de traitement du Florako, 12.02.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/projet-c2air-remplacement-composants-traitement-florako

Communiqué de presse du DDPS, « Remplacement du système de surveillance de l’espace aérien : le projet RLE@NDP suit son cours », 16.07.2025 : https://www.vtg.admin.ch/fr/newnsb/UEFgsmWyNav_iQBX0Il-L

Communiqué de presse du DDPS, « RLE@NDP: mesures de stabilisation visant à garantir le respect du calendrier et du budget », 06.03.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/HPZU7IX6vxkrAfU2WPNRl

Communiqué de presse du DDPS, « Air2030 : le DDPS associe davantage RUAG au projet RLE@NDP », 13.05.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/87YCcYTEBkuhjpWStVuZk