La gestion de RUAG doit encore s’améliorer

Maintenance d'un hélicoptère Super PUMA à Emmen, @DDPS (https://www.vbs.admin.ch/fr/ruag-entreprise)

L’entreprise aux mains de la Confédération a passablement fait parler d’elle ces dernières années, et malheureusement pas forcément en bien. En effet, de nombreux départs au sein de la direction, des ventes de chars effectuées en double ainsi que des scandales de fraude et des cyberattaques ont miné l’image de cette institution.

En début d’année dernière, le Contrôle fédéral des finances (CDF) avait d’ailleurs épinglé la gestion de RUAG MRO, entité chargée d’entretenir plus de 130 systèmes pour le compte de l’armée. En novembre dernier, le Conseil fédéral a décidé de lancer une consultation afin de transformer cette entreprise privée, mais dont les actions sont entièrement en mains publiques, en entreprise privée de droit public, à l’instar des CFF, de Swisscom ou de la Poste. Cette manœuvre a pour ambition de resserrer le contrôle étatique sur la firme, et de mieux piloter sa stratégie.

Il y a quelques semaines (oui, on a du retard à rattraper), le Conseil fédéral a pris connaissance du rapport de RUAG MRO sur ses objectifs 2025, celui de RUAG International portant sur le même sujet et celui de la Commission de gestion du Conseil des États (CdG-E) concernant la surveillance parlementaire de l’entreprise.

Le premier indique que les objectifs financiers ont été remplis, et ce pour la première fois en trois ans. Le communiqué indique en effet que « le résultat d’exploitation avant intérêts et impôts (EBIT) s’est élevé à 53,1 millions de francs en 2025 (contre 29,3 en 2024). Les objectifs fixés pour les marges EBIT tirées du marché principal et des marchés tiers, comprises entre 6 et 8%, sont ainsi atteints pour la première fois depuis 2022 (avec un taux de 6,4%, ndlr). RUAG MRO a augmenté à nouveau son chiffre d’affaires net à 824,6 millions (contre 775 en 2024) ». En revanche, le projet ELEVATE n’a pas permis de tout à fait remplir l’objectif de baisse des coûts de fonctionnement.

Si la situation financière est relativement bonne, le tableau est moins positif du côté des prestations en faveur de l’armée. Le Conseil fédéral juge en effet que les objectifs n’ont ici été que partiellement atteints, notamment du fait de retards dans l’entretien des systèmes, qui s’expliquent dans certains cas par des délais plus longs qu’attendu pour la livraison de composants. Ainsi, les critères de disponibilité ne sont pas toujours remplis et l’armée se montre moins satisfaite de son principal prestataire en matière de maintenance qu’en 2024. Il faut toutefois noter que les difficultés liées à l’entretien sont dues au fait que le parc de véhicules et systèmes de l’armée est vieillissant, impliquant plus de travail et, parfois, des difficultés pour trouver les pièces détachées nécessaires. Le rapport relève également que « la communication entre RUAG MRO, le Groupement Défense et armasuisse nécessite aussi d’être améliorée. »

Enfin, le gouvernement s’est montré attentif à ce que les recommandations émises par le CDF soient mises en œuvre. Ainsi, « Des progrès sont signalés dans le renforcement des instruments et des structures durables de gestion de la conformité, dans le respect des normes en la matière et dans la communication avec les services propriétaires et avec le CDF. […] RUAG MRO a de plus mandaté une société externe pour examiner son système de gestion de la conformité. Toutefois, la transformation culturelle de l’entreprise n’est pas encore achevée, alors qu’elle est indispensable pour prévenir durablement les incidents relatifs à la conformité. »

À noter que le jeu des chaises musicales a continué en 2025, puisque trois personnes ont quitté le conseil d’administration, qui compte 5 membres, départs en partie compensés par l’arrivée de deux nouveaux administrateurs. Le président, M. Jürg Rötheli, nommé en janvier 2025, est resté à son poste. Il n’en demeure pas moins que c’est raté pour la stabilité au sein de cet organe, qui ne comprend plus personne disposant d’un certain historique de l’entreprise.

Enfin, le projet RIGI, qui consiste à assembler 4 F-35 à Emmen, suscite toujours quelques doutes, tant du côté de sa réalisation technique que de l’intérêt économique et stratégique qu’il présente. Le coût de cette opération est important, sans qu’une plus-value équivalente à l’investissement semble n’en résulter. L’augmentation du prix des F-35 aura-t-elle raison de ce projet ? La décision reviendra in fine au Conseil fédéral.

Pour ce qui est de RUAG International (près de 2000 collaborateurs), dont l’entreprise spatiale Beyond Gravity est en réalité la seule filiale, l’année 2025 fut relativement mouvementée. En effet, rappelons que les chambres fédérales ont refusé la privatisation de Beyond Gravity, en mars 2025, évitant ainsi de reproduire la même erreur qu’avec RUAG Ammotec. Cependant, le Conseil fédéral ayant initialement prévu de céder cette entité, les objectifs et planifications sont en cours d’adaptation. Quatre axes stratégiques lui sont aujourd’hui donnés : « rester une entreprise spatiale opérant dans le monde entier, continuer à développer son portefeuille de produits de façon rentable, devenir la partenaire principale de l’armée dans le domaine de la technologie spatiale au sein de l’écosystème orbital et évaluer la possibilité de recourir à d’autres sources de financement (notamment sous la forme de coentreprises). » Un groupe d’accompagnement a d’ores et déjà procédé à une adaptation de ces objectifs mais la base légale relative à la participation de l’entreprise doit encore être créée sur cette base.

En ce qui concerne les finances, les résultats « sont clairement négatifs. L’adaptation des projets de lanceurs sur les sites de Beyond Gravity aux États-Unis et en Suède a grevé les résultats opérationnels. Les processus de transformation et de digitalisation en cours ont également généré des charges importantes. De plus, il s’est avéré nécessaire de constituer des provisions. Le rendement net avant intérêts et impôts (EBIT) se situe à environ -114 millions de francs et la perte nette avoisine -119 millions de francs. » En revanche, le volume de commandes de l’entreprise est bon et les perspectives d’évolution du marché sont excellentes, même si, « dans le domaine des lanceurs, deux projets aux États-Unis et en Suède exposent l’entreprise à des risques importants. »

Enfin, en ce qui concerne le rapport de la CdG-E, celui-ci donnait 6 recommandations :

  • Avoir un meilleur contrôle sur les profils des membres du conseil d’administration ;
  • Mettre en place une meilleure coordination entre le gouvernement et les dirigeants de l’entreprise, notamment pour ce qui est des grands projets et « événements au sein de RUAG MRO qui ont une grande portée pour l’entreprise et sur le plan politique ou qui sont susceptibles d’influer considérablement sur les objectifs stratégiques ou d’en empêcher la réalisation » ;
  • « Veiller à ce que les signalements internes à RUAG concernant des affaires d’une certaine importance soient abordés lors des entretiens trimestriels avec le propriétaire » ;
  • « Veiller à ce que la possibilité de faire des signalements via la plateforme indépendante du CDF pour les lanceurs d’alerte soit mieux connue du personnel des entités devenues autonomes » ;
  • « Informer les commissions de surveillance de manière transparente et en tenant compte des éventuelles critiques importantes de l’ensemble des organes de contrôle sur la gestion ou la réalisation des objectifs » ;
  • « Prendre en considération de manière adéquate les conclusions du CDF et de la CdG-E concernant le pilotage par le propriétaire dans le cadre de l’adaptation de la forme juridique de RUAG MRO ».

Le Conseil fédéral s’est déclaré d’accord avec toutes les recommandations, et indique en appliquer d’ores et déjà certaines.

On le voit, il n’est pas si facile de corriger les problèmes structurels d’une entité aussi importante que RUAG MRO, qui compte plus de 3000 collaborateurs. Cela dit, des efforts sont déployés afin de corriger la situation et celle-ci semble, en partie, se résorber. Espérons seulement que la série de scandales fasse partie du passé, afin de permettre à l’entreprise de se concentrer sur ses missions : entretenir les systèmes de l’armée suisse.

Sources :

Communiqué de presse du DDPS, « Le Conseil fédéral prend connaissance du rapport de RUAG MRO sur la réalisation de ses objectifs en 2025 », 26.03.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/3yGKaQPQNPfA

« Rapport succinct 2025 du Conseil fédéral sur la réalisation des objectifs stratégique de RUAG MRO », 26.03.2026 : https://cms.news.admin.ch/dam/fr/der-schweizerische-bundesrat/p7yJaiyzELpe/RUAG-MRO-Kurzbericht-Ziele-2025-f.pdf

Page de présentation du conseil d’administration de RUAG MRO : https://www.ruag.ch/fr/propos-de-nous/conseil-dadministration

Communiqué de presse du DDPS, « Le Conseil fédéral prend connaissance du rapport de RUAG International sur la réalisation des objectifs en 2025 », 24.03.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/UIygYwaQo4rZ

« Rapport succinct 2025 du Conseil fédéral sur la réalisation des objectifs stratégique de RUAG International », 24.03.2026 : https://cms.news.admin.ch/dam/fr/der-schweizerische-bundesrat/P2XcJKJ6VJCu/RUAG-International-Kurzbericht-Ziele-2025-f.pdf

Communiqué de presse du DDPS, « Le Conseil fédéral prend position sur le rapport de la CdG concernant le pilotage de RUAG MRO », 20.04.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/oqqsIevUQwMkgmdIRtQgp

Conseil fédéral, « Prise de position sur le Rapport du 30 janvier 2026 de la Commission de gestion du Conseil des États au sujet de RUAG MRO », 15.04.2026 : https://cms.news.admin.ch/dam/fr/der-schweizerische-bundesrat/9gD2ag1Xm8Wy/Pilotage_de_RUAG_MRO_Prise_de_position_du_Conseil_federal.pdf