L’armée suisse présente ses premières munitions téléopérées

Drone d'attaque avec charge d'entrainement présenté lundi 18 mai à Wichlen, @RTS Info (https://www.rts.ch/play/tv/-/video/-?urn=urn:rts:video:c28f850f-d246-3546-8706-2d650265193a)

Lundi 18 mai, l’armée suisse avait invité les représentants des médias de tout le pays à la place de tir de Wichlen (GL). L’objectif ? Présenter au grand public le résultat de l’avancée des travaux de la Task Force Drones. 20 conscrits avaient « déjà » été formés en automne 2025 à l’utilisation de drones FPV (First Person View). En outre, des contrats-cadres courant jusqu’en 2036 et d’une valeur de 108 millions de francs avaient été signés au même moment avec trois entreprises (les allemandes Dronesperhour GmbH et Dronivo GmbH, ainsi que la société suisse Fieldwork AG, spécialisée dans la construction et les technologies agricoles).

Lundi, il s’agissait de présenter 6 types d’engins acquis au travers du Programme d’armement 2025 : 3 drones de reconnaissance et 3 « de combat ». Les dénominations pour ces derniers ne manquent pas et recouvrent des usages différents : drone d’attaque, suicide ou kamikaze, munition téléopérée ou rôdeuse, etc. Il peut y avoir différents usages derrière ces appellations. Soit le drone largue des munitions (obus de mortier, grenades, charge creuse, etc.) et peut donc être récupéré et réutilisé, soit il sert en quelque sorte lui-même de projectile et est détruit avec la charge offensive qu’il transporte. Notons que parmi les drones présentés, il ne semblait pas y avoir de modèle équipés de câbles à fibre optique. Ce système, bien qu’alourdissant l’appareil, et diminuant donc la portée, permet d’éviter le brouillage, responsable d’une part significative des pertes d’engins en Ukraine.

Drone d’observation présenté lundi 18 mai à Wichlen, @20 minutes (https://www.20min.ch/fr/story/armee-suisse-des-cet-ete-les-recrues-seront-formees-a-piloter-des-drones-103565749)

De plus, il s’agissait d’expliquer les développements futurs en matière de formation des pilotes. Les spécialistes des drones formés jusqu’ici, ainsi que les militaires du Bataillon de chars 13 de la Brigade mécanisée 11, doivent désormais s’entraîner à l’interaction entre les équipes de dronistes et les unités de chars. Car il s’agit de tout un apprentissage ! Placement des pilotes, communication avec les autres unités, transmission des informations ou encore intégration des dronistes aux unités organiques, sans parler du maniement des engins, bien évidemment. Pour cette dernière étape, il est expliqué qu’il faut cinq semaines de formation à l’utilisation elle-même, puis cinq jours de formation tactique.

Présentation aux médias de l’utilisation de drone d’observation par une patrouille à cheval, @SRF (https://www.srf.ch/news/schweiz/moderne-patrouillen-im-gelaende-schweizer-armee-kombiniert-pferde-und-high-tech-drohnen)

Le DDPS a profité de l’occasion pour rappeler les investissements de 70 millions qu’il a demandés au Parlement dans le cadre du Programme d’armement 2026 pour la défense antidrone, sans parler des 240 millions consacrés à la guerre électronique et qui peuvent également servir à neutraliser des drones. Rappelons qu’il avait déjà annoncé l’acquisition du système Sécuridrone, qui a cependant plutôt pour but d’être actif dans un cadre de paix, comme celui qui aura cours lors du sommet du G7 à Evian, par exemple.

Ainsi, cela nous fait dire que si les développements présentés ce début de semaine sont évidemment positifs, il faudra poursuivre les essais et développements de systèmes, et surtout mettre en œuvre une instruction à grande échelle, de même que des moyens de production locaux, afin de répondre aux besoins de l’armée. Notre pays étant bien outillé dans le domaine des drones et de l’innovation, ce n’est certainement pas la technique qui posera problème que la volonté politique de réaliser ces mesures.

Pour ce qui est de l’instruction, il ne faudra guère attendre longtemps, puisque l’école de recrues d’été devrait intégrer ab initio un cursus dédié au pilotage des drones, plutôt de reconnaissance, l’objectif étant de disposer de 3 à 5 pilotes de drones par section d’infanterie (4 groupes de 11 soldats plus un officier subalterne.)

En ce qui concerne la production, les officiers ont expliqué que les appareils achetés jusqu’ici étaient majoritairement étrangers, dans le but d’acquérir rapidement des compétences. En revanche, l’objectif est ensuite soit de modifier localement des appareils disponibles sur le marché, soit d’en produire sur le sol national, comme les drones antidrones testés en fin d’année dernière. Esprits chagrins que nous sommes, nous ne manquons pas de souligner, de manière certes un peu caricaturale, qu’il aura fallu de longs mois pour arriver à fixer une charge explosive à l’aide de ligarex sur un drone civil… Et l’on n’en est manifestement pas encore au stade de l’introduction auprès des unités, l’accent étant pour l’instant encore mis sur les appareils d’observation. Les essais doivent encore se poursuivre pour les drones d’attaque.

La mise en œuvre de ces nouveaux outils aériens, désormais indispensables sur le champ de bataille, ainsi que l’entrée en service des bataillons d’infanterie légers devraient permettre d’augmenter le taux d’équipement de notre armée, qui tourne aujourd’hui autour des 30%. Au passage, il en va de même pour les drones terrestres (pour le transport de matériel ou de munitions ainsi que l’évacuation sanitaire), également présentés cette semaine par la Brigade logistique 1. Cette nouvelle spécialisation ouverte aux militaires pourrait peut-être motiver un certain nombre de conscrits, ce qui n’est pas négligeable à l’heure où ils sont nombreux à éviter l’armée, soit au travers du service civil, soit en étant tout simplement déclaré inaptes.

Drone terrestre en configuration évacuation sanitaire présenté lors des Innovation Demo Days de la Brigade Logistique 1, @Brig Log 1

Différents organismes sont impliqués dans ces travaux : l’entreprise publique Swiss Innovation Forces, ayant vu le jour en mars 2023, le Centre de compétences Drones et robotique, fondé en juillet 2023 et la Task Force Drones mise sur pied en juin 2024, sans parler d’Armasuisse. Ce foisonnement d’acteurs peut faire craindre le dédoublement d’un certain nombre de démarches et développements, et le DDPS devra absolument s’assurer que toutes ces entités collaborent étroitement et que leurs rôles soient clairement définis et ne se recoupent pas, pour ne pas disperser les efforts helvètes dans le domaine des drones.

En somme, le département avance logiquement et par étape, mais à un rythme qui peut encore s’accélérer.

Sources :

VON MATT, Othmar, « L’armée suisse teste ses nouveaux drones d’attaque (et des mini-engins) », in Watson, 19.05.2026 : https://www.watson.ch/fr/suisse/armee/469569035-l-armee-suisse-a-de-nouveaux-drones-d-attaque-et-reconnaissance

S.A. « L’armée suisse présente ses drones de reconnaissance et d’attaque », in RTS Info, 18.05.2026 : https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/l-armee-suisse-teste-ses-drones-de-reconnaissance-et-d-attaque-a-elm-29246171.html

LANZ, Stefan, « Dès cet été, les recrues seront formées à piloter des drones » in 20 Minutes, 18.05.2026 : https://www.20min.ch/fr/story/armee-suisse-des-cet-ete-les-recrues-seront-formees-a-piloter-des-drones-103565749

Page de présentation de la Task Force Drones, 20.03.2025 : https://www.ar.admin.ch/en/taskforce-drones

Page de présentation du Centre suisse des drones et de la robotique (CSDR), 17.08.2023 : https://www.ar.admin.ch/fr/csdr-fr

Communiqué de presse du DDPS, « Infrastructures militaires : l’armée renforce la défense contre les drones », 03.10.2025 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/NSW_6hBIxjQxmauoxB3eQ

Communiqué de presse du DDPS, « La Task Force Drones teste la maturité technologique de drones d’attaque et de drones anti-drones », 17.12.2025 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/yxSch-tc_pUdgaHa_UL07

HENROTIN, Joseph, « La défense antiaérienne sous pression » in Défense & Sécurité Internationale, n° 107 HS, pp. 84-87.

BILL, Christophe, « Le bataillon d’infanterie léger, un jalon important de la capacité de défense », in Revue militaire suisse, n°2, pp. 5-6.