Le département de la défense a besoin de plus de moyens. Ce constat ne date pas de la guerre en Ukraine. Celle-ci n’a fait que de mettre cette réalité en avant, dont les prémices remontent aux années 1990. C’est que les manques sont patents, et dans des domaines divers et variés : cyberdéfense, gestion de projets, renseignements, entretien des parcs immobiliers et de véhicules, équipement complet de la troupe, renouvellement des systèmes de combat principaux, etc. Le manque de financement accordé à l’armée depuis la fin de la Guerre froide a conduit à une mise au rebut de nombreux systèmes, et n’a guère permis d’entretenir ceux en service, et encore moins de les remplacer. Nos militaires s’entraînent donc en majorité avec du matériel ancien et non modernisé.
Pallier cette situation impliquerait des investissements colossaux. C’est dans cette optique que le Conseil fédéral a lancé sa proposition d’augmenter la TVA de 0,8% durant 10 ans, afin de disposer d’environ 30 milliards de francs supplémentaires, pour alimenter un fonds pour l’armement. Cela ne devrait pas permettre de combler toutes les lacunes, mais au moins redonner à l’armée une capacité de défense de base. Le problème est que cette mesure fait quasiment l’unanimité contre elle. Ainsi, elle semble avoir peu de chance de se concrétiser un jour.
En attendant, le DDPS doit faire avec ses moyens, qui, bien qu’augmentés ces dernières années, restent limités. Devant cet état de fait, et le manque de perspective de voir rapidement une importante manne financière arriver, il faut utiliser au mieux les crédits existants. C’est pour cela que deux mesures sont aujourd’hui sur la table.
La première est de diminuer le nombre de communicants au service du DDPS. Il est vrai que leurs effectifs ont souvent agité la Coupole, à gauche comme à droite d’ailleurs. En effet, le département est très fourni en la matière, chaque bataillon ayant ses propres réseaux sociaux, sans parler des états-majors spécialisés, des différentes unités administratives, etc. Ainsi, le Conseil fédéral a décidé d’abaisser quelque peu l’ampleur du budget dédié à la communication. Le DDPS économisera ainsi 4,1 millions de francs annuellement, son enveloppe pour ce poste progressivement de 21,9 l’année dernière à 17,8 millions en 2029, soit une coupe d’un peu moins de 19%.
Plus hypothétique est la diminution du nombre d’officiers généraux. Ce n’est pas la première fois que cette idée est discutée à Berne. Aujourd’hui, Martin Pfister souhaiterait diviser leur nombre par deux, sur les 52 postes existants actuellement. Le Conseiller fédéral estime que les états-majors sont trop nombreux, et que cela conduit non seulement à des coûts trop importants, mais aussi à un manque de réactivité et de flexibilité. L’idée est que des postes aujourd’hui occupés par des officiers généraux soient occupés par des colonels dans le futur. L’état-major de l’armée aurait fait une sorte de contre-proposition avec une baisse limitée à 15%, qui n’aurait pas trouvé d’écho favorable auprès de M. Pfister.
Le Secrétariat d’État à la politique de sécurité (SEPOS), création de Mme Amherd, serait également visé. Cet organe suscite des critiques depuis qu’il a vu le jour, les élus se demandant fréquemment à quoi il sert et quelle est sa plus-value pour la sécurité du pays. Il ressort d’ailleurs que ce secrétariat s’est pour l’instant surtout occupé… de lui-même.
Si ces deux mesures ne devraient pas déboucher sur des baisses de charges substantielles, elles permettent, espérons-le, de lancer la réflexion sur une chasse aux économies systématiques au sein du département. Les pistes ne doivent pas manquer. Le DDPS avait déjà lancé quelques mesures, comme l’arrêt de la distribution de la tenue de sortie ou la diminution du nombre de démonstrations aériennes. La mise au rebut des derniers F-5 peut aussi être insérée dans ce cadre. Mais il s’agit de mesurettes, permettant à peine d’économiser une poignée de millions ici ou là, sommes directement englouties par l’entretien de plus en plus coûteux de notre parc de véhicules vieillissants.
Si des augmentations de budgets importantes ne devaient pas survenir prochainement – et nul ne sait aujourd’hui comment les financer – il faudra bien que le département s’attelle réellement à la tâche, quitte à faire quelques mécontents. La période n’est plus aux demi-mesures.
Sources :
Conseil fédéral, « Le Conseil fédéral définit la mise en œuvre des coupes budgétaires dans le domaine de la communication pour la période 2027 à 2029 », 27.05.2026 : https://www.admin.ch/fr/newnsb/z7Xzrku-ZYvEnI9i4VVgD
DDPS, « Financement de l’armée » : https://www.vbs.admin.ch/fr/financement-armee
S.A. « La Confédération supprime 60 postes dans la communication » in RTS Info, 27.30.05 : https://www.rts.ch/info/suisse/2026/article/la-confederation-supprime-60-postes-dans-la-communication-29255076.html
RAUCH, Raphael, « Martin Pfister veut réduire drastiquement les hauts gradés de l’armée » in Blick, 24.05.2026 : https://www.blick.ch/fr/suisse/ddps-martin-pfister-veut-reduire-les-hauts-grades-de-larmee-id21972667.html