Le Conseil fédéral a annoncé aujourd’hui que la Confédération avait adhéré « depuis peu » à l’« Ammunition Support Partnership » (ASP). Il s’agit d’un programme visant à acquérir des munitions en commun avec les 27 autres nations participantes, qui font toutes parties de l’OTAN, la Suisse étant le premier pays non-membre de l’alliance atlantique. Ce faisant, le DDPS espère réaliser des économies d’échelle et raccourcir les délais de livraison.
C’est qu’aujourd’hui, la Suisse étant en quelque sorte seule dans son coin, elle se retrouve fréquemment en queue de peloton lorsqu’il s’agit de passer commande d’armement. Les faibles volumes achetés par notre nation ne permettent pas d’être considérés comme un client intéressant, d’autant plus dans un contexte où la demande explose du fait des tensions internationales dues à la guerre en Ukraine. Le gouvernement se doit donc de trouver des pistes pour pallier ces difficultés. En voici une.
L’intérêt est double pour notre pays. D’une part, il s’agit de pouvoir plus facilement compléter les stocks de munitions, et notamment les plus complexes (vecteurs anti-aériens), que ce soit au niveau du prix, des créneaux de production et du poids politique lors de négociation avec les industriels. Mais il s’agit aussi de (re)profiler la Suisse sur le marché de l’armement. Sa place a été quelque peu malmenée par suite des refus exprimés par Berne à diverses capitales européennes quant à des livraisons d’équipements d’origine helvétique à l’Ukraine. Dès lors que la Confédération participe à l’ASP, les industriels implantés sur notre sol vont pouvoir participer aux appels d’offres dans ce cadre. Il s’agit d’un nouvel exemple de mise en œuvre de la stratégie en matière de politique d’armement. Ici, ce sont deux aspects qui se voient renforcés : collaborer plus fortement avec nos partenaires et renforcer nos propres capacités de production. Ce document ne constitue donc pas un énième rapport qui se retrouve mis au fond d’un tiroir juste après avoir été publié. Il connaît au contraire une réalisation très concrète et observable.
Outre ces questions d’acquisition, le communiqué de presse précise que « La NSPA est l’organisation centrale de l’OTAN chargée des achats, du soutien et de l’approvisionnement au niveau multinational. Elle apporte son assistance aux États membres dans les domaines de la gestion, de la livraison de pièces de rechange et de la maintenance. Elle fournit également une aide dans le domaine de la surveillance des munitions ainsi que dans la technique et la configuration des acquisitions, de l’instruction et du transport. »
Cela dit, la Confédération n’est pas tout à fait étrangère à ce genre de mécanisme. Elle travaille en effet depuis 1996 avec la NATO Support and Procurement Agency (NSPA) dans le domaine du soutien pour les « missiles air-air, le missile de défense contre avions Stinger ainsi que le système de défense aérienne Patriot. » Concernant ce dernier, l’accord a été passé en mars 2025. Comme pour nombre d’accords et autres traités signés dans le domaine de la sécurité, la Suisse s’assure de sa neutralité, notamment au travers d’une clause de sortie permettant à notre pays de se retirer de cet organisme au cas où un conflit armé devait survenir.
Bien évidemment, cela n’en constitue pas moins un nouveau petit pas en direction d’une coopération plus soutenue avec l’OTAN. Si celle-ci est tout à fait compréhensible d’un point de vue technique, il conviendra malgré tout de fixer une limite claire entre collaboration et intégration.
Quoi qu’il en soit, l’ASP ne représentera pas la première occurrence d’acquisition d’armement en commun par la Confédération. Rappelons en effet que le Conseil fédéral a signé en novembre dernier le protocole d’accord Sawfish visant à acheter du matériel de guerre électronique avec les Pays-Bas, instigateurs du projet, l’Allemagne et le Danemark. N’oublions pas non plus notre participation à l’European Sky Shield Initiative (ESSI), depuis environ une année. Ce mécanisme vise, lui aussi, à se procurer des systèmes de défense sol-air de moyenne portée avec d’autres nations. Enfin, le gouvernement vient de se voir confier la responsabilité de mener « des discussions avec l’UE en vue d’ouvrir des négociations sur la conclusion d’un accord de partenariat en matière de sécurité et de défense. »
On le voit donc, la Suisse multiplie depuis quelques mois les initiatives visant à participer à des organismes ou des protocoles lui permettant de s’équiper en temps et en heure, et si possible à des coûts raisonnables. Les acquisitions à venir se feront donc moins sous un angle purement national, mais plutôt sous l’égide de mécanismes internationaux. Toute la question sera de maintenir un équilibre entre collaboration avec les nations européennes et l’image donnée à l’international en ce qui concerne notre neutralité.
Sources :
Communiqué de presse du DDPS, « La Suisse renforce la coopération internationale en matière d’acquisition de munitions », 17.07.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/zC8iHkc6fv0042sm4Ko26
NATO Support and Procurement Agency, Ammunition support, 04.2025 : https://www.nspa.nato.int/resources/site1/General/publications/2025-Ammunition-Support-en.pdf
Communiqué de presse de la NATO Support and Procurement Agency, « Switzerland joins the NSPO Ammunition Support Partnership », 16.07.2026 : https://www.nspa.nato.int/news/2026/switzerland-joins-the-nspo-ammunition-support-partnership
Communiqué de presse du Conseil fédéral, « Le Conseil fédéral approuve la participation de la Suisse au NSPA PATRIOT Support Partnership », 21.03.2025 : https://www.admin.ch/fr/nsb?id=104589
Communiqué de presse du DFAE, « Initiative Europan Sky Shield : le CF approuve la participation de la Suisse à un protocole d’accord », 20.06.2025 : https://www.mission-otan-bruxelles.dfae.admin.ch/fr/initiative-europan-sky-shield-le-cf-approuve-la-participation-de-la-suisse-a-un-protocole-daccord