Petites touches d’innovation

Centre logistique de l'armée à Thoune, @ VBS/DDPS - Sam Bosshard

« Innovation ». S’il y a bien un mot en vogue au sein du DDPS – et de la société en général – c’est bien celui-ci. En même temps, il faut avouer que lorsque vos militaires utilisent parfois du matériel affichant 60 ans au compteur, mettre en avant les efforts, même modestes, que l’on fait pour se moderniser est d’autant plus important.

Ainsi, avant-hier et hier, le département a communiqué au sujet de deux éléments allant dans ce sens. Le premier porte sur le site de Thoune. Plus grande caserne de Suisse et centre des troupes blindées, elle va encore prendre en importance ces prochaines années. En effet, Armasuisse immobilier a indiqué que, contrairement à ce qui a pu se faire dans un passé encore récent où la sécurité paraissait moins importante, qu’il ne cédera plus, dans le périmètre du pôle de développement économique de Thoune Nord, de nouvelles surfaces fédérales à des fins purement civiles. En même temps, on l’a déjà vu dans assez de films. Ça suffit, maintenant ! Oui oh, ça va. Si on peut plus rigoler…

Dorénavant, « les surfaces concernées seront […] affectées aux besoins de l’armée et à d’autres usages liés à la défense. » Cela démontre tout de même à quel point, de 1990 à 2022, l’armée était devenue une variable d’ajustement dans laquelle piocher, que ce soit du point de vue budgétaire ou foncier. À l’avenir, le domaine de l’armée sera consacré aux développements de ses infrastructures propres, dans le domaine de la formation et de la logistique, mais pourra aussi profiter à des partenaires industriels ou actifs dans la recherche, et notamment dans les domaines des drones, des robots et du cyber. Le DDPS a pour ambition de faire de Thoune un « Defence Cluster » et de renforcer la collaboration entre l’armée, l’industrie, la recherche et l’innovation » dans la droite lignée des annonces faites le 27 août dernier. Le communiqué précise toutefois que cette réflexion est indépendante du futur Tech Hub consacré aux systèmes sans pilote. Reste donc à voir comment le département entend articuler ces différentes structures afin d’éviter une multiplication des initiatives fonctionnant chacune dans son propre silo, comme nous l’avons déjà souligné à quelques reprises.

À noter, de manière un peu anecdotique, qu’entre « cluster » et « tech hub », on aime décidément les dénominations anglaises qui font d’j’eun’s et modernes. « Entreprise jeune et dynamique, le DDPS te propose un cadre de travail épanouissant et en constante évolution… »

La potentielle mise à disposition de terrains pour les entreprises de la défense est une excellente chose, dans la mesure où il s’agit aujourd’hui d’une ressource très rare dans notre pays. Rappelons d’ailleurs qu’une motion a été acceptée au Conseil national afin d’ouvrir, autant que faire se peut, nos places d’armes aux start ups. En outre, la logique est aujourd’hui de mettre en relation directe chercheurs, fabricants et utilisateurs. En ce sens, quoi de plus efficace que de rassembler tout ce beau monde dans le périmètre d’une caserne ?

En revanche, au moment où l’on parle décentralisation à tout crin, l’on peut se demander s’il est une bonne chose de renforcer encore le pôle de Thoune, où se trouvent déjà passablement de choses (écoles de recrues des charistes, grenadiers de chars, sapeurs de chars, soldats de sûreté et maintenanciers, important dépôt logistique, sans parler des différentes industries présentes dans la ville telles que Swiss P Defence et RUAG MRO). La politique du DDPS se retrouve ainsi en tension : faut-il concentrer les capacités afin de les rendre plus efficaces, ou les disperser pour les rendre plus résilientes ?

La deuxième annonce, datée de hier, fait état de la signature récente d’un accord. Celui-ci vise à permettre à notre pays de participer au projet de recherche « Fuel Cells for Soldier Systems II » (FUSS II). L’objectif est de « développer des piles à combustible portables pour les engagements militaires. Ces dispositifs seront alimentés par des carburants conventionnels tels que le diesel ou l’essence et fourniront de l’énergie pendant plusieurs jours. » Mené sous l’égide de l’Agence européenne de défense (AED), il fait suite à FUSS I, auquel la Suisse avait déjà participé. Derrière l’apparente modestie du projet se cache une problématique beaucoup plus vaste : celle de l’autonomie énergétique des armées modernes. À mesure que soldats et unités se numérisent, l’électricité devient aussi indispensable que les munitions ou le carburant.

De son côté, l’entreprise privée, mais entièrement détenue par la Confédération, Swiss Innovation Forces, a communiqué au sujet de l’avancée réjouissante de certains de ses projets. Le premier porte sur une campagne d’essai d’idées provenant de la milice et testées directement auprès de la troupe. Lors du bilan intermédiaire, plus de la moitié des propositions issues des militaires ont été validées, reprises et transmises à l’échelon supérieur. Cette entité propose également aux commandants de bataillon de mettre leur unité à disposition afin de tester de nouveaux équipements et logiciels. Les officiers peuvent choisir les produits à tester parmi une liste. Si aucun ne devait leur convenir, ils peuvent simplement s’inscrire via un formulaire de contact et l’entreprise les préviendra dès qu’une nouveauté pourra être testée. Cela répond, d’une manière assez directe et quelque peu cocasse, aux propos du lieutenant-colonel Mark Gustafson que nous relations il y a quelques jours encore.

Comme nous l’avons déjà relevé, ce genre de procédure a plusieurs vertus. Elles permettent évidemment d’accélérer le rythme des développements technologiques au sein de notre armée. Mais cela a aussi pour avantage de motiver nos miliciens, en leur permettant de mettre à profit leurs compétences, tout en leur montrant que les choses bougent (enfin).

Ce genre d’annonce devrait se multiplier ces prochains mois et années. Il s’agit de concrétiser la nouvelle stratégie en matière d’armement, qui vise à revitaliser notre industrie de défense et développer les collaborations dans le domaine de la recherche, entre autres buts. En outre, le département fait largement état de sa volonté d’accélérer le rythme des acquisitions et de suivre les derniers développements technologiques. L’enjeu ne sera toutefois pas que le DDPS communique sur des (potentielles) innovations, mais de prouver que celles-ci produisent effectivement des capacités utilisables par la troupe dans des délais sensiblement plus courts qu’auparavant.

Sources :

Communiqué de presse du DDPS, « Le DDPS renforce le site de Thoune dans le domaine de la défense et de l’innovation », 07.09.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/7NsIvjh5SFhl

Communiqué de presse du DDPS, « La Suisse participe à un projet de défense européen d’approvisionnement mobile en énergie », 08.09.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/6aQpNUHXVXAb

Post Linked In de Swiss Innovation Forces, « Plus de la moitié des porteurs d’idées trouvés pour la campagne de milice ! », 03.09.2026 : https://www.linkedin.com/posts/swissinnovationforces_schweizerarmee-armaezesuisse-vbs-activity-7501194783516712961-_CMG?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAEezuK0B3OjlrxMjN0mzIt_ePj_HKItHObk

Post Linked In de Swiss Innovation Forces, « Truppentests », 02.09.2026: https://www.linkedin.com/posts/swissinnovationforces_schweizerarmee-armaezesuisse-vbs-activity-7500847523553542144-3JR-?utm_source=share&utm_medium=member_desktop&rcm=ACoAAEezuK0B3OjlrxMjN0mzIt_ePj_HKItHObk

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