S’il y a un dossier qui pèse lourdement sur la réputation du DDPS, et d’Armasuisse en particulier, c’est bien l’acquisition des drones de reconnaissance Hermes 900, nommé localement ADS 15 (Aufklärungsdrohnensystem).
En effet, le Parlement a autorisé notre armée à en acquérir 6 exemplaires auprès de l’entreprise israélienne Elbit Systems en 2015, pour un montant de 298 millions de francs. Ils visaient à prendre la relève des ADS 95 alors en bout de cours, et donner aux Forces aériennes des capacités de reconnaissance et d’observation étendues grâce à leurs capteurs de nouvelle génération.
Ce dossier n’a depuis eu de cesse d’enchaîner les problèmes et les retards. D’une part, des crashs d’appareils, puis la pandémie de Covid-19 et enfin les opérations militaires qu’Israël a entreprises dans la bande de Gaza après l’attaque d’octobre 2023 ont pesé sur les capacités d’Elbit Systems à livrer les aéronefs. De plus, le programme a été relativement mal mené par le département. En effet, le rôle de maître d’ouvrage de l’acquisition n’était pas clairement établi. Ajoutons à cela les demandes helvètes de changement de moteur ou d’intégration d’un système d’évitement automatique (Detect and Avoid), développé par RUAG, sans succès jusqu’ici, et il y avait tout pour que le programme ADS 15 ne devienne un running gag au sein de la défense.
Devant être livrés en 2019, les premiers sont finalement rentrés en service l’année dernière, où ils opèrent désormais, avec des limitations, au profit des Forces terrestres, pour qui ils fournissent un certain nombre de données lors des entraînements. Dans ce contexte, les Verts, par le biais de la Conseillère nationale zougoise Manuela Weichelt, ont déposé une motion en mars 2025 afin de mettre purement et simplement fin à cette acquisition, et en revendant ce matériel à une autre armée. Notons qu’il est tout de même étrange de penser que l’on peut revendre à une autre armée un équipement que l’on juge soi-même inutilisable, mais qui sommes-nous pour juger ?
La question a été empoignée jeudi dernier, lors de la session parlementaire en cours. Notons qu’entretemps, le dossier a quelque peu évolué. En effet, le DDPS avait obtenu des réparations financières de la part de l’industriel, même si cela ne compense pas la perte d’un certain nombre de capacités initialement prévues.
Dans le cadre de ces débats, tous les orateurs ont évidemment déploré la manière dont cet achat a été gérée. Mais la droite, et notamment Mauro Tuena (UDC, ZH) a indiqué, certainement à raison, qu’il était aujourd’hui bien tard pour annuler cette acquisition, les appareils étant déjà en service. Mme Weichelt a indiqué que, malgré tout, ces drones impliquaient des coûts d’exploitation et de mise à niveau. Si cela n’est pas faux, ces frais semblent être relativement limités et pèsent donc peu sur les finances du DDPS.
Le Conseiller fédéral Martin Pfister a tenté de rassurer le Conseil national en expliquant que depuis que le gouvernement avait renoncé aux systèmes Detect and Avoid, de dégivrage et de décollage et d’atterrissage indépendant du GPS, le projet avait été stabilisé. « La qualité du matériel livré et des travaux a été améliorée. […] Le projet d’acquisition, y compris la mise en service au sein de la troupe, devrait désormais être achevé d’ici fin 2027 et dans les limites du budget. » Il a ajouté que « Le système est capable de surveiller de vastes zones d’opération sur une longue période, de détecter, de repérer et de suivre des cibles de jour comme de nuit. Il peut transmettre des images en direct et en temps réel, ce qui permet d’établir ou de préciser une image de la situation au sol. » Pour exemplifier et appuyer ses propos, il a expliqué que l’ADS était capable de détecter un véhicule à une distance de 40 à 50 kilomètres et qu’il serait engagé pour des vols de surveillance et de reconnaissance lors du G7 à venir.
Devant ces explications, le Conseil national a enterré la motion par 126 voix contre 62. Si cette décision est logique, il n’en demeure pas moins que cette acquisition aura entraîné d’importants dégâts d’image auprès de la population helvète. M. Pfister semble en être bien conscient, lui qui a engagé des cadres provenant du Contrôle fédéral des finances, et mis en place des méthodes de travail, des outils et des réorganisations devant permettre d’améliorer la gestion des achats du DDPS. Espérons que nous n’aurons plus affaire à pareils déboires, même si cela ressemble plus à un vœu pieux qu’autre chose.
Sources :
Objet 25.3309, motion Weichelt, « Drones de reconnaissance ADS 15. Un gâchis auquel il faut mettre fin », 21.03.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253309
Objet 25.3309, motion Weichelt, « Drones de reconnaissance ADS 15. Un gâchis auquel il faut mettre fin », débat au Conseil national, 04.06.2026 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=71529