L’armée suisse est à l’étroit dans ses installations. Cela ne date pas d’hier et c’est d’ailleurs pour cela qu’elle avait envoyé près de 1000 militaires en Autriche à Allentsteig en 2025 dans le cadre du triptyque d’exercices TRIAS. Deux autres entraînements d’ampleur, au niveau bataillon puis brigade, se tiendront en 2027 en Allemagne, dans un lieu encore inconnu, puis en 2029. Dans l’intervalle, nos troupes se rendront également en France, à Mourmelon, l’année prochaine.
Si nos voisins acceptent d’accueillir nos unités, c’est qu’ils y voient un intérêt. Renforcer l’interopérabilité ou acquérir des connaissances sur le fonctionnement de notre système de milice justifient apparemment de faire ce geste envers notre armée, pour les gouvernements étrangers. Mais en sera-t-il toujours le cas ? Et ces séquences relativement espacées permettent-elles réellement d’améliorer l’instruction des soldats et des états-majors ? Il s’agit certainement d’une mesure palliative, mais pas d’une solution à long terme.
Le DDPS et le Conseil fédéral en sont bien conscients, et cherchent un terrain susceptible d’accueillir les infrastructures d’entraînement nécessaires. Rappelons que la place d’armes de Bure fait environ 15 km2, tandis qu’Allentsteig est environ 10 fois plus grande. Et ce sont bien ce genre de dimensions qui sont nécessaires pour permettre à nos grandes unités d’évoluer de manière réaliste. Autant dire que le dossier prendra du temps et coûtera beaucoup d’argent.
Quoi qu’il en soit, un premier pas a été franchi jeudi dernier au Parlement. En effet, le Conseiller national Thomas Burgherr (UDC, AG) avait déposé en juin 2025 une motion chargeant le Conseil fédéral de « permettre la mise à disposition de terrains d’entraînement et d’exercice appropriés en Suisse pour renforcer la capacité de défense de l’armée. » Il s’agit donc aussi d’organiser des manœuvres dans les villes suisses. Si cela peut nous paraître surprenant, n’oublions pas que nos unités ont l’habitude d’évoluer en milieu civil, et que la France a l’habitude de le faire, comme en 2025, avec l’exercice CATHARE, durant lequel des membres du 3e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine ont investi les rues de Carcassonne, en pleine journée.
M. Burgherr a justifié son projet en indiquant, évidemment, que le contexte sécuritaire s’est largement tendu. Il a aussi très justement fait valoir qu’il ne servait à rien d’augmenter les moyens alloués à l’armée si les capacités d’instruction ne suivaient pas. Il propose donc de lever ou modifier les lois et règlements qui empêchent la tenue d’exercices en dans nos localités – permettant de plus à nos militaires de mieux connaître leur propre territoire – et la construction d’un terrain d’entraînement.
M. Fabian Molina (PS, ZH) a tenté de rejeter la motion, craignant que celle-ci ne constitue la porte ouverte à un allègement général de l’ordonnance sur la protection du bruit. Il a, comme à son habitude, défendu le fait qu’il n’y avait en réalité pas besoin de cela et que tout allait pour le mieux dans la situation actuelle. Cette position est pour le moins incohérente pour le PS, et la gauche de manière générale. Celle-ci ne fait que de dire que l’armée doit s’adapter, s’améliorer, être plus attractive, mais refuse systématiquement toutes les propositions allant en ce sens. Il va sans dire que nos conscrits seraient un peu plus motivés à se rendre sous les drapeaux si les exercices qu’ils effectuent leur semblent réalistes.
Martin Pfister n’a pas dit autre chose. Il a en effet expliqué que l’armée allait plus encore qu’aujourd’hui s’entraîner pour le combat urbain. Mais il faut des places adaptées et Bure ne reproduit qu’imparfaitement cet environnement, n’étant constitué que de quelques bâtiments, de taille modeste, qui plus est.
Notons de plus, et comme nous l’avions déjà dit, que respecter totalement l’ordonnance sur le bruit impliquera soit de construire des infrastructures extrêmement onéreuses, comme le stand de tir souterrain de Sion, soit de tout simplement arrêter de s’instruire. Ou alors on acceptera que l’on ne puisse pas avoir le beurre et l’argent du beurre, et l’on réintroduira des exceptions sur le bruit pour les installations liées à la sécurité nationale. Il a donc proposé, au nom du Conseil fédéral, de soutenir la motion.
Celle-ci a été acceptée par 127 voix contre 61. Il s’agit pour le moment d’un signal politique, mais c’est la première et inévitable étape vers la concrétisation de pareille infrastructure, qui fait tant défaut à notre armée.
Sources :
DDPS, « TRIAS Die Armee stärkt die Verteidigungsfähigkeit », sans date : https://www.vtg.admin.ch/dam/fr/sd-web/OjBx4nrDfQlj/82_381_Doku_TRIAS25_DE.pdf
Objet 25.3790, motion Burgherr, « Pour autoriser à nouveau les exercices de combat en Suisse », 19.06.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253790
Objet 25.3790, motion Burgherr, « Pour autoriser à nouveau les exercices de combat en Suisse », débat au Conseil national, 04.06.2026 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=71498
BEUZERON, Ludovic, CATHARE 2025 : l’Aude en zone de combat pour un exercice militaire à grande échelle », in C11 .MEDIA, 26.06.2025 : L’AUDE EN ZONE DE COMBAT POUR UN EXERCICE MILITAIRE À GRANDE ÉCHELLE https://www.lefilactu.fr/presse/guerre-simulee-dans-laude-cathare-2025-frappe-fort