De grands exercices de sécurité civile et militaire s’annoncent

M109 sur la Place d'armes de Bière lors de l'exercice Combined Arms 25, © VBS/DDPS, Patricia Suter

Le Conseil fédéral l’avait annoncé et le fait : les manœuvres vont aller en s’intensifiant afin de préparer les différents organes de sécurité du pays à faire face aux crises qui se font de plus en plus nombreuses, soudaines et violentes.

Ces deux dernières années, cela s’est concrétisé avec la venue d’unités françaises en Suisse, la tenue de l’exercice TRIAS 25 en Autriche, et la participation à des exercices internationaux, comme ORION 26 ou LOCKED SHIELDS. Pour les années à venir, nos troupes devraient se rendre en Allemagne, pour TRIAS 27, ainsi qu’en France, les années paires, afin d’alterner les grands déplacements entre bataillons francophones et germanophones. D’ailleurs, 4 de nos militaires étaient dans la région de Reims la semaine dernière, en compagnie du 501e régiment de chars de combat afin d’entraîner la collaboration entre les drones et les blindés lourds.

Si le gouvernement met passablement l’accent sur les exercices internationaux, c’est parce qu’ils permettent à nos unités de profiter de l’expérience de nos voisins qui ont une expérience du combat. La raison est aussi que nos voisins disposent d’infrastructure d’entraînement dont notre pays ne dispose pas. Le Conseil fédéral vient d’ailleurs d’entamer les démarches afin de modifier nos lois militaires. À l’avenir, nos conscrits pourraient être convoqués pour des exercices à l’étranger, tandis que les modalités de transit d’unités étrangères sur notre territoire, et des nôtres sur les territoires étrangers, pourraient être réglées plus facilement par des conventions.

Cela étant, les différentes institutions ayant trait à la sécurité vont évidemment continuer à s’entraîner chez nous. Le DDPS a annoncé le 17 septembre dernier la tenue de l’exercice MOBILO 26. Se déroulant du 21 au 25 septembre, il aura pour objectif de travailler la mobilisation du Groupe d’artillerie 49, unité pour laquelle la question de la logistique est particulièrement sensible, indépendamment de la vieillesse de son matériel. Se déroulant en Romandie, et donc mené par la Division territoriale 1, il devra montrer la capacité à mettre sur pied de guerre une unité complète en 24 heures.

Si l’opération peut paraître anodine au profane, elle nécessite en réalité un grand travail de planification et de coordination de la part de l’état-major, ainsi que tout le savoir-faire de la troupe. Il s’agit en effet de voir le personnel entrer en service, le préparer, réceptionner le matériel et les véhicules, transmettre les ordres et les directives, etc., et cela pour plusieurs centaines de militaires, certains n’ayant peut-être pas accompli de cours de répétition l’année dernière. Ensuite, l’unité se déplacera « dans les secteurs suivants : arc lémanique vaudois, Plateau fribourgeois, Seeland, Pied sud du Jura soleurois, Emmental et Haute-Argovie. » En d’autres termes, il s’agit de travailler le fait de passer le plus vite possible de la vie civile à un état de disponibilité opérationnelle, mais aussi de tester la mobilité d’une unité lourde à une échelle intercantonale.

Les mouvements s’effectueront parfois avec le soutien du drone ADS 15. Celui-ci, malgré ses difficultés passées, commence désormais à démontrer son utilité opérationnelle aux unités au sol. Après avoir officié durant un exercice d’artillerie en automne dernier, il a servi durant le sommet du G7. L’aérodrome de Lugano-Agno a été qualifié durant l’été, après procédures de test, pour l’accueillir en cas de mauvaises conditions météorologiques du côté d’Emmen, sa base d’attache.

Le savoir-faire suisse dans le domaine de la mobilisation est loin d’être aussi banal qu’il peut nous paraître. Il semble d’ailleurs susciter l’intérêt à l’étranger, dans un contexte de tensions internationales, dans lequel la conscription revient sur le devant de la scène.

La protection civile s’entraîne également à faire face à des engagements complexes. La semaine dernière, « l’Inspection fédérale de la sécurité nucléaire (IFSN), la Centrale nationale d’alarme (CENAL), le Groupement Défense, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), plusieurs laboratoires cantonaux, l’état-major de conduite du canton d’Argovie et les états-majors d’autres cantons et organisations partenaires » ont participé à un exercice dont « le scénario prévoyait un grave accident nucléaire touchant la centrale de Beznau. » C’est d’ailleurs dans le cadre de cet exercice que votre localité a peut-être été survolée par un hélicoptère Super Puma chargé d’effectuer des mesures de radioactivité. Si les résultats de l’opération doivent encore être évalués en détail, le premier bilan est positif et les objectifs sont atteints. Ceux-ci étaient de « préparer les autorités et les organisations d’intervention pour le cas d’un accident dans une centrale nucléaire » mais aussi à entraîner la collaboration entre tous ces acteurs et à renforcer leurs compétences en matière de communication auprès de la population.

Enfin, du 6 au 9 octobre prochain, la Suisse « accueillera pour la première fois un exercice de protection de la population dans le cadre du mécanisme de protection civile de l’Union européenne (UCPM). L’exercice EU MODEX Switzerland 2026 simulera un séisme de grande ampleur. » Provoquant de très lourds mais imaginaires dégâts dans les cantons de Genève, Vaud et Fribourg, ce tremblement de terre fictif entraînera la sollicitation de l’aide de l’Union européenne, comme cela a d’ailleurs réellement été le cas lors du drame de Crans-Montana. Dans ce cadre, il s’agit d’entraîner les organes suisses de sécurité à travailler avec leurs homologues étrangers. Selon le DDPS, plus de 250 intervenants étrangers sont attendus, auxquels doit encore s’ajouter un nombre similaire de participants helvètes, militaires comme civils, ainsi que des figurants. Ce personnel s’entraînera sur la place d’Epeisses, spécialement aménagée pour figurer des situations de catastrophes, naturelles ou non, dans la ville de Genève et sur l’aérodrome militaire de Payerne.

Comme nous le relevions en août dernier, nous ne pouvons espérer de soutien de l’étranger en cas de besoin si nous ne sommes pas nous-mêmes proactifs sur cette question, tant dans le domaine civil que militaire. Ces différentes manœuvres auront donc un intérêt, immédiat ou à plus long terme, pour la sécurité de notre pays, et même celle de nos voisins. Elles permettent également de démontrer les compétences des différents offices, cantonaux comme nationaux, mais aussi leur capacité à travailler ensemble, ainsi qu’avec des partenaires étrangers. S’il a longtemps été dit que la sécurité n’était pas l’apanage de l’armée, il semblerait que cela prenne une tournure particulièrement concrète à l’entame de cet automne.

Sources :

DECAMPE, Irvin, « Le 501e régiment de chars de combat prépare l’attaque des drones », in L’Union, 16.09.2026 : https://www.lunion.fr/id828281/article/2026-09-16/le-501e-regiment-de-chars-de-combat-prepare-lattaque-des-drones

Communiqué de presse du DDPS, « MOBILO 26 » : les formations mécanisées entraînent la mobilisation et les déplacements à travers la Suisse, 17.09.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/-4wWwzq7IbmO

PELIZZARI, Marcello, « Il drone Hermes 900 dell’esercito a Lugano-Agno : cos’è l’ADS 15 e perché ha attirato i curiosi » in Corriere del Ticino, 29.06.2026 : https://www.cdt.ch/news/ticino/il-drone-hermes-900-dellesercito-a-lugano-agno-cose-lads-15-e-perche-ha-attirato-i-curiosi-432412

Communiqué de presse du DDPS, « Sommet du G7 : bilan positif de l’engagement de l’Armée suisse », 18.06.2026 : https://www.vtg.admin.ch/fr/newnsb/j7PoSfa4VKK3Z7eRRCGz1

Communiqué de presse du DDPS, « Exercice général d’urgence 2026 avec la centrale nucléaire de Beznau : un premier bilan positif », 18.09.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/J1XNxlkzK75O

Communiqué de presse du DDPS, « Collaboration en cas de catastrophe : l’exercice européen EU MODEX Switzerland 2026 se tiendra prochainement en Suisse », 14.09.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/VYHVzCBpd-ol