Armée, études et apprentissage : équilibre impossible ?

Concilier armée et formation, pas toujours facile, @Haute école fédérale de sport de Macolin HEFSM (https://www.ehsm.admin.ch/fr/etudes-et-armee)

Tout citoyen helvétique mâle approchant la majorité le sait : il va falloir réfléchir au moment où placer son obligation de servir, ou à défaut, économiser quelque peu pour payer la taxe militaire. En général, les apprentis effectuent leur école de recrues à la fin de leur formation, tandis que les étudiants le font fréquemment entre leur gymnase/lycée et leur entrée dans une haute école ou à l’université ou encore entre un bachelor et un master. Il arrive aussi que certains cursus académiques permettent de débuter au semestre de printemps, et permettent donc d’insérer quelques mois sous les drapeaux au semestre d’automne.

Mais il y aura prochainement quelques changements : en 2027, l’école de recrues d’été ne débutera plus fin juin, mais fin juillet. Le Conseil fédéral répond en cela à une demande des milieux patronaux, qui voient fréquemment partir leurs apprentis à l’armée juste avant la fin de leur formation, qui se termine en règle générale au 31 juillet.

Si cette décision peut arranger les citoyens s’étant orientés vers un CFC, elle peut en revanche poser un problème à ceux qui usent les bancs des hautes écoles. En effet, certains étudiants effectuent leur école de recrues durant l’été et ratent la première partie du semestre d’automne. Cette manière de faire n’est pas optimale, mais malgré tout possible. Ce ne sera plus le cas l’année prochaine, forçant tous les étudiants à interrompre leur cursus une année complète.

Le Conseiller national Simone Gianini (PLR, TI) s’en est inquiété et a demandé si le gouvernement avait conscience du problème et s’il étudiait des pistes permettant de satisfaire tout le monde, quelle que soit la voie choisie.

Les sept sages ont répondu que la pause d’une année durant les études était monnaie courante, et ce depuis longtemps. La nouvelle date du début de l’école de recrues n’allait donc rien modifier à cela. En outre, depuis la mise en œuvre de la réforme DEVA (développement de l’armée) en 2018, les astreints ont jusqu’à leur 25ème année pour accomplir leurs obligations, laissant une certaine flexibilité pour ce faire.

De plus, le Conseil fédéral ne dispose pas de donnée permettant de connaître le volume d’étudiants étant dans un cas ou l’autre, et ne peut donc pas savoir si cela a poussé des jeunes à quitter l’armée pour rejoindre le service civil, plus flexible quant à l’organisation des jours de service. Rappelons que la votation du 14 juin prochain vise justement à corriger cette inégalité de traitement.

Quoi qu’il en soit, la chambre des cantons n’a pas souhaité s’emparer de la question lors de la séance du 20 mars dernier. Le Conseil fédéral semble condamné à naviguer entre les intérêts contradictoires des uns et des autres. Cela dit, c’est dans ce cadre que les sociétés militaires universitaires trouvent tout leur sens, permettant d’orienter et de conseiller les jeunes quant à la suite de leur parcours civil et militaire.

Sources :

Objet 25.4494, interpellation Gianini, « École de recrues et études universitaires », 10.12.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20254494