Un Programme d’armement d’une ampleur inédite (partie 2/2)

Le SIG Sauer P320, alias Pist 26, tel qu'il sera fourni à l'armée suisse, @DDPS (https://www.mediathek.admin.ch/media/image/theme/armeebotschaft-2026-foto/92d81281-a31e-45b5-8e9e-dc6b1ae732ea)

Après avoir passé en revue la première partie du Programme d’armement 2026 (PA 26), penchons-nous donc sur le reste !

En premier lieu, rapidement et comme annoncé en février dernier, le Conseil fédéral demande 394 millions de francs pour faire face au renchérissement lié à l’acquisition de l’avion de combat F-35. Si le chiffre de 30 appareils se confirme, il en coûtera 6,429 milliards de francs. Mais cela sous réserve que le prix ne grimpe pas encore, et que le Block 4 ne rencontre pas de difficultés supplémentaires pour son développement, ce qui est loin d’être assuré aujourd’hui. Si d’aventure un conflit d’ampleur devait se déclarer, il est probable que la livraison des appareils de Lockheed Martin subisse le même sort que celle des Patriot : retardé ad aeternam.

Le PA 26 ne se concentre toutefois pas que dans l’espace aérien, mais s’aventure même dans l’espace orbital ! En effet, après avoir dévoilé son rapport visant à établir sa stratégie dans ce domaine (rapport dont nous devons toujours prendre connaissance par ailleurs) en octobre dernier, le DDPS souhaite effectuer ses premiers investissements en propre dans le domaine, même si des spécialistes œuvrent déjà. Rappelons tout de même que l’armée a signé un accord avec la France en matière d’observation satellite en 2021. Il s’agira donc pour nos forces armées d’acquérir en premier lieu la capacité « d’établir une image de la situation dans l’espace orbital » afin de savoir ce qui s’y passe. Pour ce faire, il s’agira de réaliser le projet Alpstar lancé par la Suisse et réalisé par l’Agence spatiale européenne. Il consiste à « créer un réseau coordonné de stations au sol, que pourront utiliser les services par satellite des États participant au projet et qui servira à la coopération internationale. » Un prototype de satellite d’exploration disposant de capacité de détection électronique sera également fabriqué. Dans le même temps, l’armée créera également des infrastructures composées de « centres d’opérations servant entre autres à commander les satellites et à diffuser les données, mais aussi de stations d’observation grâce auxquelles l’armée peut établir une image actuelle de la situation dans l’espace orbital. » Cet investissement stratégique est relativement modeste. Il n’en coûtera en effet qu’une trentaine de millions et se déploiera jusqu’à début des années 2030.

Un autre élément ayant beaucoup pris d’importance ces dernières années, toujours à la suite des enseignements de la guerre en Ukraine, est la guerre électronique. Pour rappel, cet aspect du combat moderne englobe la détection des signaux radio émis par l’adversaire, et toutes les mesures visant à entraver ceux-ci et protéger les siens. Pour ce faire, il faut évidemment posséder du matériel approprié, soit, dans le jargon militaire, des capteurs et des effecteurs. Aujourd’hui, ces moyens sont disponibles dans l’armée suisse en quantités limitées et sont surtout employés au niveau des grandes unités, mais très peu voire pas du tout à l’échelon du bataillon. Si, encore une fois, le PA 26 reste très flou sur les moyens acquis, ceux-ci le seront dans le cadre de la coopération signée avec les Pays-Bas et l’Allemagne, afin de réduire les coûts et les délais de livraison. Il s’agira apparemment de maintenir la valeur des systèmes de guerre électronique existants et d’acquérir de capteurs et des effecteurs électromagnétiques supplémentaires. Les livraisons se feront par étapes dès 2027 pour un montant de 240 millions de francs.

L’avant dernier volet de ce Programme d’armement consiste à accroître la résilience du réseau de communication en poursuivant l’utilisation du réseau civil par les militaires. En effet, le projet Télécommunication de l’armée visait à doter l’armée d’utiliser les réseaux de téléphonie mobile civils pour transmettre des données, dans l’optique de gagner en résilience. L’investissement demandé, de l’ordre de 100 millions de francs, se décompose en trois volets : « le développement d’une infrastructure principale particulière avec un accès privilégié aux réseaux de téléphonie mobile, l’utilisation partagée des réseaux de fibre optique civils et la poursuite du développement du système de communication vocale existant. » Le premier, plus flou que les deux autres, consiste « à développer une infrastructure principale protégée pour la téléphonie mobile. L’armée pourra ainsi utiliser les réseaux de téléphonie mobile privés en dépendant moins des gestionnaires de ces réseaux. » Les trois se déploieront dès 2027.

Le dernier investissement du PA est déjà connu des lecteurs de Livret de service, puisqu’il s’agit d’acheter une première tranche de Pistolet 26. Pour rappel, il s’agit de remplacer le Pistolet 75, qui n’est autre que le SIG P220. Son successeur sera le P320, du même fabricant. 50 millions de francs sont demandés pour acquérir une première tranche de 50 000 pièces de cette arme de poing, devant entrer en service en 2028. Les P220 devraient quant à eux définitivement disparaître vers 2033.

L’on ne pourra donc pas dire que le DDPS est en décalage avec les menaces actuelles, même si la gauche ne va certainement pas manquer de déployer sa stratégie habituelle : « pas ce système, pas ce fabriquant, pas comme ceci », etc. dans le but de créer la division dans l’opinion publique. Ici, soulignons-le, le département frappe fort et juste. Encore faudra-t-il confirmer l’essai en menant toutes ces acquisitions à bien.

Sources :

Conseil fédéral, Message sur l’armée 2026, 20.03.2026 : https://cms.news.admin.ch/dam/fr/der-schweizerische-bundesrat/aNOztC0y6hb8/Message_sur_l_armee_2026_avec_arretes_federaux.pdf

Groupement Défense, « Programme d’armement 2026 », 20.03.2026 : https://www.vtg.admin.ch/fr/programme-armement-2026#Syst%C3%A8me-de-d%C3%A9fense-sol-air-de-courte-port%C3%A9e