Effectifs de l’armée : femmes, seniors et binationaux encouragés à servir

La lieutenant Lara Joye du Service de la Croix-Rouge de l'armée en train de poser un cathéter veineux. Merci à elle pour la photo et l'engagement!

Comme nous le relatons fréquemment, le DDPS s’inquiète du grand nombre de départs de conscrits de l’armée vers le service civil. Si les effectifs atteignaient un peu moins de 147 000 en mars 2025, ils risquent de descendre en dessous de 130 000 militaires d’ici la fin de la décennie, du fait de ces réaffectations, de la libération de deux classes d’âge en 2028 et 2029, mais aussi d’autres motifs comme des blessures.

Pour pallier ce problème, voilà plusieurs mois que trois propositions ont été faites. Nous les avons déjà exposées ici et n’allons donc pas y revenir en détail. Pour résumer, il s’agit d’imposer aux binationaux français d’effectuer leur service militaire en Suisse s’ils résident dans notre pays, de permettre aux astreints libérés de leurs obligations de reprendre du service, et de supprimer un désavantage financier que connaissent aujourd’hui certaines femmes sous les drapeaux.

Ces différents objets ont été traités par le Conseil des États lors de la session en cours. Pour le premier, il s’agissait de traiter la divergence entre les deux chambres, le national souhaitant étendre la proposition de Mauro Poggia (MCG, GE) à tous les possesseurs de deux passeports. L’élu du bout du lac, au nom de la Commission de politique de sécurité du Conseil des États (CPS-E), a indiqué que la modification apportée par la chambre du peuple n’apportait rien de plus à l’article 5 de notre loi sur l’armée. La motion initiale visait quant à elle uniquement à modifier le régime en cours pour les binationaux franco-suisses. Estimant que le travail était autrement plus conséquent avec la variante du Conseil national, et pour des résultats limités en termes d’effectifs, la chambre haute a décidé à l’unanimité de s’en tenir au texte initial. Le texte doit donc à nouveau repasser devant la chambre du peuple.

Pour ce qui est des « facteurs dissuadant les femmes de continuer à servir dans l’armée », comme les a appelés Marcel Dobler (PLR, SG), la motion de ce dernier avait déjà été acceptée par le Conseil national en septembre dernier. La chambre des cantons n’a guère débattu de l’objet et l’a adopté sans autre formalité. Le gouvernement devra donc modifier le régime des allocations pour perte de gain (APG) qui pénalise tendanciellement les femmes.

Concernant l’intégration d’anciens militaires, le Conseil des États s’est prononcée favorablement, même si le rapporteur de la CPS-E, Josef Dittli (PLR, UR), a déclaré que cette solution ne changeait rien au fait que l’obligation de servir devait être réformée. La socialiste Franciska Roth (SO) a déclaré soutenir l’idée, tout en souhaitant éviter de recréer la Landwehr ou autre milice paramilitaire, jugeant cela « extrêmement dangereux » sans toutefois expliquer pourquoi. Elle a complété en indiquant que cela permettrait d’améliorer le fonctionnement de cours de répétition pour lesquels il manque fréquemment de personnel, notamment dans la logistique. Elle a cité les métiers de bouche et les transports. Nous nous permettons quant à nous de rappeler qu’utiliser ces bras supplémentaires pour effectuer des tâches de surveillance ne motivera sans doute guère les anciens militaires, étant entendu que cette mission est l’une des plus ingrates que l’armée puisse proposer.

Au travers de ces différentes idées se perçoit un effort général visant à alimenter notre outil de défense en effectifs, et ce par tous les canaux possibles. Si notre armée est numériquement imposante en regard de la taille de notre pays, ce petit miracle implique un apport constant de nouvelles recrues, qui n’est plus assuré aujourd’hui. C’est d’ailleurs dans ce cadre que nous voterons en juin sur un durcissement mesuré de l’accès au service civil.

Cela dit, la résolution des problèmes d’effectifs devra s’accompagner d’autres efforts, notamment sur l’équipement et la qualité de la formation. Cela est une nécessité si l’on ne veut pas bêtement se retrouver à balancer des cohortes de citoyens dans l’institution sans que celle-ci ne puisse les accueillir dignement et de manière pertinente.

Sources :

Communiqué du DDPS, « Effectifs de l’armée 2025 : le défi des départs anticipés » 13.11.2025 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/xuwUeOIz_xaTbi1NC9840

Objet 25.3037, motion Poggia, « Service militaire des doubles nationaux franco-suisses. Mettre fin à une hypocrisie », 03.03.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253037

Objet 25.3037, motion Poggia, « Service militaire des doubles nationaux franco-suisses. Mettre fin à une hypocrisie », débat au Conseil des États, 10.03.2026 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=70664

Objet 25.3817, motion Dobler, « Supprimer les facteurs dissuadant les femmes de continuer à servir dans l’armée », 20.06.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253817

Objet 25.3817, motion Dobler, « Supprimer les facteurs dissuadant les femmes de continuer à servir dans l’armée », débat au Conseil des États, 10.03.2026 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=70666#votum4

Objet 25.3485, motion Wyssmann, « Permettre aux anciens militaires de reprendre du service », 07.05.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20253485

Objet 25.3485, motion Wyssmann, « Permettre aux anciens militaires de reprendre du service », débat au Conseil des États, 10.03.2026 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=70665