Le livret de service physique tirera sa révérence le 1er juin

Le livret de service physique et son pendant numérique, @DDPS (https://www.vtg.admin.ch/fr/remplacement-du-livret-de-service-des-le-1er-juin-2026)

Comme expliqué en juillet dernier, le programme DIMILAR (Digitalisation de l’armée) dont l’objectif est de numériser les processus administratifs des militaires, avance bon train. Jusqu’ici, il fallait fréquemment envoyer son livret de service à l’administration, faire des demandes de report de service ou de congé sen format papier ou via des formulaires PDF ad hoc, sans parler des pertes ou des oublis de ces différents documents.

Tout cela sera définitivement de l’histoire ancienne à partir du 1er juin 2026 ! En effet, dès cette date, les communications officielles entre les astreints et les autorités militaires passeront toutes par le « gestionnaire de service » en ligne, qui comprendra donc les ordres de marche, mais aussi les informations relatives à la carrière militaire (jours de service et formations accomplis ou à accomplir), les données civiles et médicales, l’inventaire du matériel, les convocations aux tirs obligatoires, les crédits de formations, le permis de conduire militaire, etc.

Cette prestation permettra donc aux militaires d’avoir accès aux mêmes données que dans le livret de service physique, mais aussi de nombreuses autres, et de procéder à différentes démarches administratives qui pouvaient s’avérer jusqu’ici fastidieuses. Une petite amélioration de la vie des militaires et qui se déroule apparemment manifestement bien. L’on aimerait pouvoir relater plus de nouvelles du genre ! Il en ira d’ailleurs de même pour le livret de service de la Protection civile.

Bien entendu, le commentaire qui ressortira souvent est que cela constitue aussi une faille supplémentaire que les pirates et autres États pourront exploiter. S’il est vrai qu’aucun système informatique n’est infaillible, il ne faut pourtant pas vouloir revenir aux anciennes pratiques de classement par fiches. En effet, dans un article passionnant, Dylan Rieutord, spécialiste de la robotisation du champ de bataille et ancien officier de l’Armée de terre française, explique que si Kiev a réussi à résister aux offensives russes, c’est notamment du fait de la numérisation, non seulement de son armée, mais aussi de l’ensemble de la société ukrainienne, permettant aux citoyens de rester en contact avec leur administration, et cela même dans un contexte dégradé de bombardements, de coupures de courant et de cyberattaques.

En Ukraine, en effet, la politique de « l’État dans le smartphone » a été initiée en 2019, avec un ministère dédié. Ce mouvement s’est amplifié après l’invasion russe de février 2022, en s’appuyant sur l’important vivier de spécialistes en informatique que compte le pays. Ainsi, civils comme militaires utilisent leur téléphone au quotidien pour gérer, entre autres, leur déclaration d’impôts, leur service militaire, voire transmettre des informations à l’armée sur des mouvements ennemis. Comble de l’ironie, les réfugiés Ukrainiens dans notre pays se montrent parfois surpris par la quantité de documents physiques à laquelle ils sont confrontés.

Bien entendu, toutes les numérisations ne se valent pas et il faudra que l’armée suisse veille en permanence à la sécurité de ses systèmes, mais force est de constater que le livret de service numérique fonctionne aujourd’hui très bien, qu’il est intuitif, simple et agréable à utiliser, et cela dans le calendrier prévu. Et c’est déjà pas mal !

Sources :

Communiqué de presse du DDPS « 1er juin 2026 – fin du livret de service », 05.05.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/fQsqGP3JF2e5t3aa5OaOA

Page explicative de DIMILAR : https://www.vtg.admin.ch/fr/digitalisation-de-larmee-de-milice

RIEUTORD, Dylan, « L’Ukraine, société cyberpunk ? » in Défense & Sécurité Internationale, hors-série N°105, décembre 2025, pp. 12-17.