Le Conseil fédéral se risque à augmenter la TVA pour financer l’armée

Conférence de presse du 28.01.2026, avec Martin Pfister, Conseiller fédéral, Benedikt Roos, chef de l'armée, Urs Loher, directeur d'Armasuisse et Nicole Lamon, porte-parole du Conseil fédéral, @Conseil fédéral (https://www.youtube.com/live/qF4uz8egEx4)

Petit coup de tonnerre à Berne aujourd’hui : le gouvernement, par la voix de Martin Pfister, va proposer au Parlement de hausser la Taxe sur la Valeur Ajoutée (TVA) de 0,8% pendant 10 ans ! Cela devrait, selon les calculs des sept sages, rapporter plus de 30 milliards dans les caisses de l’État. Mais pourquoi proposer cela ?

Les chambres ont en effet décidé d’augmenter le budget de l’armée à un niveau équivalent à 1% du PIB d’ici 2032. Cependant, le Conseil fédéral estime dorénavant que le rythme est trop lent, d’une part, et que cet effort n’est actuellement pas financé, d’autre part. Avec sa proposition, il pense pouvoir résoudre ces deux problèmes.

La manne supplémentaire qu’apporterait cette mesure serait utilisée en grande majorité pour faire l’acquisition d’armements. Les équipements actuels, bien qu’en nombre appréciable en comparaison avec de nombreuses nations européennes de même taille, sont vieillissants. Les remplacer et augmenter la taille des parcs coûtera très cher. D’autant plus que l’inflation et la très forte demande actuelle font déjà grandement grimper les prix. Ces différents éléments, couplés au besoin de maintenance accru qu’occasionnent nos vieux systèmes, font que la modeste croissance de 370 millions de francs entre 2025 et 2026 ne donne pas de marge de manœuvre financière supplémentaire à l’armée.

Le gouvernement présentera un projet destiné à la consultation d’ici mars 2026. Le message pourra être débattu cet automne déjà dans les chambres. La votation populaire pourrait avoir lieu à l’été 2027, et la hausse de la TVA entrerait alors en vigueur le 1er janvier 2028.

Mais cela arrivera-t-il seulement ? Les réactions sont pour l’instant globalement négatives. La gauche s’oppose sans surprise à tout accroissement de budget militaire. La droite, quant à elle, ne voit pas d’un bon œil cette énième augmentation de la TVA. Ainsi, il y a des chances non négligeables pour que le Parlement refuse cette proposition. Rappelons toutefois que les partis bourgeois ont à de multiples reprises, et encore lors du débat sur le budget 2026, signifié leur attachement au frein à l’endettement. Ils s’opposent donc globalement à toute piste permettant de financer les besoins criants de notre outil de défense. Il faudra pourtant bien qu’une solution soit trouvée. Du point de vue politique et économique, il semble que l’endettement soit plus facilement acceptable qu’une hausse de la TVA. La Suisse ne ferait ici qu’imiter l’Allemagne, qui a doublé son budget militaire en 4 ans, notamment grâce à l’emprunt.

Et si malgré tout le message était accepté par les chambres, encore faudrait-il que les électeurs donnent leur assentiment. Et ce n’est rien de dire que la partie n’est pas gagnée ! En effet, entre ceux qui s’opposent par principe à l’existence de l’armée, les milieux économiques hostiles à l’augmentation de la TVA, les citoyens dont le budget est d’ores et déjà serré et ceux qui regardent avec beaucoup de scepticisme les capacités du DDPS à multiplier les acquisitions par suite des trop nombreux problèmes du programme F-35, il y a probablement ici une (bonne) majorité pour refuser cette hausse. De plus, cet artifice a déjà été utilisé dans un certain nombre de projets et les Suisses pourraient tout simplement se dire « encore ?! » au moment de voter.

Le pari du Conseil fédéral est ainsi risqué, car en cas de fort rejet populaire, l’objectif même de 1% du PIB consacré à la défense pourrait se voir remis en question. En outre, en cas d’échec, cette proposition n’aura rien accompli d’autre que de faire perdre de précieux mois au Parlement pour trouver des solutions solides et pérennes.

Notre pronostic quant aux chances de cette proposition devant la population

Si d’aventure Martin Pfister parvenait à rallier le Parlement et les citoyens à son idée, il aurait droit à un immense coup de chapeau de notre part. Mais, pour être franc, nous n’y croyons pas une seule seconde dans le contexte actuel. La seule chose à même de faire bouger les lignes serait le déclenchement d’une attaque par la Russie contre une nouvelle nation. Mais cela ne devrait pas arriver tant que le conflit en Ukraine n’aura pas au minimum été gelé par un cessez-le-feu.

Sources :

Communiqué de presse du DDPS, 28.01.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/trNRdCnVTfI32dBYGgJPI

DDPS, « financement de l’armée », 28.01.2026 : https://www.vbs.admin.ch/fr/financement-armee

BEUCHAT, Alexandre, « Malgré de multiples hausses et un nouveau projet d’augmentation, la TVA suisse reste très basse en comparaison internationale », in Le Temps, 28.01.2026 : https://www.letemps.ch/economie/malgre-de-multiples-hausses-et-un-nouveau-projet-d-augmentation-la-tva-suisse-reste-tres-basse-en-comparaison-internationale

GROSJEAN, Arthur, « Devra-t-on bientôt payer une TVA autour de 10%? » in 24 Heures, 15.12.2025 : https://www.24heures.ch/tva-la-suisse-pourrait-bientot-franchir-le-cap-des-10-275580279793