Avenir Suisse propose d’augmenter l’âge de la retraite pour financer les dépenses militaires

Bataillon d'infanterie 65, juillet 2024, @Inf Bat 65

Depuis le début du conflit en Ukraine, la Suisse s’est plus ou moins rendue compte des lacunes que présentait son outil de défense. Pour y pallier, le Parlement a décidé d’augmenter le budget consacré à la défense à 1 % du PIB d’ici 2032. Seulement, si cela signifie seulement 0,3 % de PIB supplémentaires, il s’agit en réalité de trouver plusieurs milliards de francs supplémentaires annuellement, la richesse du pays étant colossale.

Dès lors, la question de savoir comment financer tout cela revient fréquemment, avec diverses propositions, comme augmenter la TVA, mécanisme très, voire trop souvent mobilisé dernièrement, hausser les impôts, faire appel à l’emprunt ou encore diminuer d’autres dépenses du ménage fédéral, et notamment celui dévolu à la coopération et au développement international.

En prévision des débats portant sur le budget 2026, le think tank libéral Avenir Suisse a fait une suggestion pour le moins surprenante : augmenter l’âge de la retraite d’une année pour financer les dépenses militaires à venir.

Les deux auteurs, à savoir Michele Salvi et Philippe Güttinger, respectivement vice-directeur d’Avenir Suisse après être passé par les assurances, et chercheur dans ce même organisme, ont calculé que le PIB devrait croître de 8% d’ici 2029, tandis que les dépenses fédérales devraient connaître une augmentation de 18%, notamment dans le domaine social, du fait du départ à la retraite d’un grand nombre de travailleurs. Ils insistent sur ce point en indiquant que « la part des dépenses sociales était encore d’environ 15 % en 1965 ; elle est aujourd’hui supérieure à 35 %. Dans le même temps, la part des dépenses militaires est passée de près de 30 % du budget fédéral à environ 7 % aujourd’hui. »

Selon leurs calculs, les dépenses sociales devraient croître de 6,4 milliards d’ici 5 ans, soit un montant équivalent à celui du DDPS en 2025. Dans ce cadre, les membres du laboratoire d’idées estiment que la situation n’est pas soutenable à terme, notamment pour les jeunes générations, qui devront non seulement supporter le poids financier des retraites, mais également celui de l’augmentation du budget de la défense. Or leur porte-monnaie n’est pas plus extensible que celui du ménage fédéral.

Dans l’optique d’équilibrer les finances de la Confédération, ces messieurs d’Avenir Suisse ont calculé que l’âge de référence du départ à la retraite devrait être repoussé à 67,5 ans, contre 65 aujourd’hui. Afin de mieux faire passer la pilule, ils ne proposent cependant qu’une hausse d’une année, combinée à d’autres dispositions. Il s’agit notamment des mesures d’économie, comme celles exposées dans le fameux « rapport Gaillard », commandé par le Département des finances aux mains de Karin Keller-Sutter et un découplage de la contribution fédérale à l’AVS des dépenses de celle-ci, ajustée automatiquement chaque année.

Comme les amateurs de politique fédérale l’auront remarqué, il n’y a rien ici de bien nouveau dans les propositions de MM. Salvi et Güttinger. La seule originalité consiste à lier retraite et sécurité. S’ils semblent, au moins en partie, se rendre compte de l’impopularité de leur mesure, d’où leur compromis de panachage, sans doute, ils oublient opportunément que la hausse de l’âge de la retraite soumise par les jeunes PLR a été sèchement refusée dans les urnes en mars 2024, avec 74,8% de non. Quels que soient les arguments et les calculs que l’on mobilise aujourd’hui, le résultat de ce scrutin est d’une netteté incontestable et toute proposition allant à son encontre ne peut que se heurter à un mur. Cela devrait être la règle tant que les finances annuelles de l’AVS ne seront pas dans le rouge.

Ensuite, rappelons également que le DDPS a une image relativement négative aujourd’hui auprès de la population. Les scandales de mauvaise gestion à la chaîne et la mauvaise image du service militaire auprès de ceux qui doivent l’accomplir ne plaident en effet pas pour un soutien populaire aveugle à l’institution militaire. Dans ce cadre, il serait illusoire et même suicidaire de penser que l’idée d’Avenir Suisse aurait une quelconque chance dans les urnes.

S’il semble évident que les propos de ces deux lobbyistes concernent en réalité plus notre système de prévoyance vieillesse que celui de défense, les membres du think tank feraient mieux de s’atteler à faire des propositions qui soient politiquement acceptables, et qui permettent à l’armée de retrouver sérénité et attractivité. Tout le reste n’est que temps bien mal employé.

Sources :

SALVI, Michele, GÜTTINGER, Philippe, «Ein Sicherheitsjahr für die Schweiz – und warum es jetzt nötig wird» in Avenir Suisse, 12.12.2025: https://www.avenir-suisse.ch/blog-ein-sicherheitsjahr-fuer-die-schweiz-und-warum-es-jetzt-noetig-wird/

Chancellerie fédérale, « Votation populaire du 03.03.2024 – résultats finaux » : https://www.bk.admin.ch/ch/f/pore/va/20240303/index.html