Aller et retour à l’Hongrin : regard sur l’exercice franco-suisse

Feu d'un mortier 19 par les troupes de la compagnie de soutien du Bat Inf Mont 7. Notez les militaires français en train d'observer de part et d'autre. @Bat Inf Mont 7

Lundi 16 février dernier. Nous avons eu la chance de pouvoir participer au point presse organisé par le DDPS afin de rendre compte de l’exercice qui se tient jusqu’à la fin de la semaine sur la place de tir du Petit Hongrin avec les troupes du Bataillon d’Infanterie de Montagne 7 (BIF) et de la 1ère compagnie du 35e Régiment d’infanterie français. Récit.

Nous avons tout d’abord droit à une introduction donnée par le brigadier Serge Pignat, le commandant de la Brigade Mécanisée 1, grande unité intégrant le Bat Inf Mont 7. Il explique que cet exercice découle de la montée des tensions internationales qui ont cours en Europe depuis l’annexion de la Crimée en 2014. Par suite de cela, le Conseil fédéral avait demandé la rédaction des différents rapports devant orienter les efforts et les réformes de l’armée jusqu’en 2030.

Parmi les mesures prises figurait la tenue d’exercices internationaux, comme celui auquel nous assistons. La Brigade Mécanisée 1 étant en écrasante majorité romande, c’est elle qui prend en charge les échanges avec nos voisins français. La 11 collabore quant à elle avec les Autrichiens et les Allemands, comme cela fut et sera le cas en 2025 et 2027, au travers des exercices TRIAS. Le brigadier nous informe d’ailleurs qu’une grande manœuvre devrait se tenir en Champagne, probablement à Mourmelon-le-Grand, comme au tournant du millénaire. En effet, l’exercice WIVA 2000 avait vu 6 chars Leclerc venir s’entraîner à Wichlenalp tandis que 10 chars Leopard 2 avaient fait de même en France, après des exercices binationaux d’aide en cas de catastrophe intitulés LEMAN 97 et LEMAN 99. Même s’ils ne datent pas d’hier, il s’agit de la preuve que ces échanges sont loin d’être inédits dans l’histoire militaire suisse. Ils sont nécessaires car la Confédération ne dispose pas de place d’armes permettant d’accueillir plus d’une compagnie renforcée.

C’est ensuite le lieutenant-colonel Badoud, chef du BIF, qui prend la parole. Il explique que seule la 1ère compagnie, romande, effectue son cours de répétition, en sus de la compagnie d’état-major et de la compagnie de soutien, pour un total de 583 militaires. Les deux autres auront leur service de perfectionnement plus tard dans l’année. Dans ce cadre, la compagnie française, d’un effectif de 128 combattants, est pleinement intégrée à l’organigramme de son unité et est utilisée comme force de manœuvre.

Il explique ensuite la plus-value de l’opération pour lui et ses troupes. En premier lieu et comme nous le disions dans cet article, il s’agit d’échanger des connaissances (organisation des unités, savoir-faire, etc.) mais aussi d’apprendre à se connaître. Le lieutenant-colonel souligne que les exercices s’organisent d’ores et déjà plus facilement que l’année dernière, grâce à l’expérience acquise en 2025. Selon lui, l’élément qu’il retiendra le plus de cet échange concerne la planification. Celle-ci se fait de manière très rapide en France. Cela est tout à fait logique, puisque les professionnels sont en permanence en train de se former. L’organisation d’un cours de répétition suisse prend quant à elle plusieurs mois. Le commandant suisse aimerait ainsi bien gagner en efficacité et aller un peu moins dans les détails. Chose amusante, l’officier français souhaite exactement l’inverse pour ses propres travaux d’état-major.

C’est justement au tour de ce dernier, le capitaine Steve, de prendre la parole. Son unité est stationnée à Belfort et enchaîne les entraînements internationaux. Elle était en effet au Qatar en novembre dernier dans le cadre de l’exercice FEROCIOUS FALCON. Le contraste ne pouvait être plus grand avec l’Hongrin !

Il souligne qu’il y a eu quelques adaptations à faire au niveau du vocabulaire, les deux armées n’utilisant pas les mêmes termes et expressions pour nommer le matériel, effectuer des communications radio, etc. Celles-ci se font d’ailleurs entre les systèmes suisses et français grâce à un système de liaison spécifique.

L’objectif pour lui et ses troupes était de travailler avec les VBCI (Véhicule Blindé de Combat d’Infanterie) en milieu montagneux, dans des conditions hivernales. Ils ont été servis ! Cela permet d’aguerrir les militaires, de travailler dans la neige et le froid, avec des routes étroites et une visibilité limitée. Il indique ne pas voir de gros écart de niveau de formation entre ses hommes et les nôtres et avoir observé une nette montée en puissance des Suisses sur les trois semaines du cours de répétition.

VBCI en train de faire feu lors de l’exercice PUGILATUS du jeudi 12.02, @Bat Inf Mont 7

Durant ce laps de temps, il a notamment été question d’entraîner les manœuvres de barrages, soit stopper la progression d’un ennemi, et d’effectuer des exercices de tir de mortier et de fusil de précision. Les militaires helvètes auront pu ainsi admirer les fameux PGM Hécate II français en action. En outre, un détachement de 24 chevaux et 40 soldats du Groupe vétérinaire et animaux de l’armée 13 est également venu effectuer un peu de logistique et de reconnaissance.

Depuis qu’ils ont reçu leur camouflage multispectral, les membres du Groupe vétérinaire et animaux de l’armée 13 se montrent partout. C’est un peu paradoxal. @Bat Inf Mont 7

Après ces échanges, direction la place de tir. Mais le temps se gâte très rapidement et l’exercice est stoppé. La mauvaise visibilité empêche de tirer en toute sécurité. Or celle-ci est une priorité pour le lieutenant-colonel Badoud. L’objectif était à nouveau d’effectuer une manœuvre de barrage, en faisant intervenir l’infanterie, les lance-mines helvètes et les VBCI français. C’est raté pour le show.

Malgré tout, nous aurons pu discuter un peu avec les officiers, mais aussi les soldats du rang. Cela, ainsi que nos observations, amènent quelques commentaires. Premièrement, les soldats français sont tous équipés d’un uniforme moderne, tandis que seuls quelques privilégiés disposent de la nouvelle tenue de combat MBAS. Les officiers suisses eux-mêmes n’ont d’ailleurs pu s’empêcher de rigoler quelque peu en comparant celle-ci et l’imperméable de la TAZ 90. La troupe rigole peut-être un peu moins, elle qui devra encore attendre des années avant d’être totalement équipée.

De manière générale, le matériel suisse peut parfois sembler ancien et la dotation faible en regard de celui des troupes françaises. Outre l’uniforme, les fusils disposent tous d’optique et les véhicules disposent de systèmes interconnectés, par exemple. Du côté suisse, les lampes sont fixées au F ass 90 à l’aide de « panzer tape », les radios sont plus vieilles que les soldats et les Piranha semblent provenir d’un musée avec leur tourelle manuelle. Même si les militaires helvètes n’ont apparemment pas eu à pâlir de ce qu’ils ont (dé)montré, leur équipement ne leur fait parfois pas honneur. Parfois seulement, car les mortiers 19, les SACO TRG et le matériel d’observation associé à ces derniers sont flambant neufs.

Soldats français en train de faire feu avec un fusil de précision de 12,7 mm PGM Hécate II, @Bat Inf Mont 7

Ensuite, le capitaine Steve, commandant d’une compagnie, possède un fusil d’assaut, quand nos « simples » chefs de section n’en disposent pas. Cela fait longtemps déjà que la chose est débattue, et demandée par certains officiers, sans que rien ne bouge. Les Français, au bénéfice de l’expérience du feu, semblent avoir compris qu’un homme sur le terrain, quel que soit son grade, a besoin d’une « vraie » arme pour mener le combat. Mais il s’agit d’un détail, il est vrai.

Outre ces considérations matérielles, le rythme imposé à nos soldats a impressionné nos voisins. Évidemment, comme nos bataillons ne sont en service que trois semaines par année, il faut faire beaucoup de choses en peu de jours. La capacité des soldats helvètes à maîtriser leur équipement malgré le peu de temps passé en service aussi a surpris, surtout pour les conducteurs de véhicules blindés. Les soldats français souhaiteraient également pouvoir profiter des prescriptions de tir suisses. Nos unités tirent en effet plus et plus souvent, dans diverses conditions tandis que nos homologues semblent contraints par un carcan normatif plus sévère. La hiérarchie elle-même semble bien plus rigide en France, mais là aussi, cela s’explique sans doute par le fait que nos militaires ne le sont que quelques semaines par année et qu’une trop grosse différence avec le monde civil ne fonctionnerait pas. Cela n’empêche pas les choses d’être faites correctement, au dire même des Français.

L’un dans l’autre, ce cours de répétition en commun avec le 35e régiment d’infanterie aura permis de varier le quotidien de la troupe, d’apprendre à travailler différemment, mais aussi de rassurer nos militaires quant à leurs capacités, même si celles-ci peuvent être handicapées par un matériel accusant le poids des ans.

Le commandant de la 1ère compagnie du 35e régiment d’infanterie français, le capitaine Steve, et le commandant du Bataillon d’Infanterie de Montagne 7, le lieutenant-colonel Badoud se sont prêtés au jeu. Qu’ils soient remerciés pour leurs explications.

Sources :

Communiqué de presse de l’Armée de Terre, 25.11.2025 : https://www.defense.gouv.fr/terre/actualites/ferocious-falcon-2025-35e-ri-reaffirme-son-savoir-faire-au-qatar

Bat Inf Mont 7, #Hebdo – Cours cadre et semaine 1 du cours de répétition : https://new.express.adobe.com/webpage/4XOceygp7zKBF

Communiqué de presse du DDPS, 22.05.2000 : https://www.admin.ch/cp/f/39291fda.0@fwsrvg.bfi.admin.ch.html