Les électeurs se prononceront sur le durcissement de l’accès au service civil

Les trois "corps" dans lesquels les astreints peuvent aujourd'hui être incorporés.

L’automne dernier, le Parlement adoptait diverses mesures afin de rendre l’accès au service civil plus compliqué. Nous n’avons malheureusement pas réussi à traiter cet objet lorsqu’il a été discuté à Berne, mais en voici les grandes lignes. Les modifications apportées au régime du service civil sont au nombre de 6, à savoir :

  • Mesure 1 : Au service civil, un minimum de 150 jours de service est garanti dans tous les cas, et ce sans tenir compte du nombre de jours accompli lors du service militaire ;
  • Mesure 2 : le facteur 1,5 s’applique aussi au décompte des jours de service des sous-officiers et des officiers au service civil ;
  • Mesure 3 : interdiction des affectations au service civil pour lesquelles il faut avoir commencé ou terminé des études de médecine humaine, dentaire ou vétérinaire :
  • Mesure 4 : pas d’admission de militaires n’ayant plus de jours de service à accomplir ;
  • Mesure 5 : obligation d’accomplir une période d’affectation par année dès l’admission, laissant ainsi moins de liberté aux civilistes dans l’organisation de leurs obligations ;
  • Mesure 6 : obligation pour les requérants ayant déposé leur demande pendant l’école de recrues de terminer leur affectation longue au plus tard pendant l’année civile qui suit l’entrée en force de la décision d’admission.

Si les deux chambres ont accepté ces modifications, ainsi que celle visant à étudier la réintroduction de l’examen de conscience, c’est parce que le service civil ne fait, selon la droite, plus office de service de remplacement pour des raisons de conscience, mais bien d’une option, à la carte, que choisissent trop de jeunes, fréquemment pour des raisons de confort. Ainsi, plus de 6700 personnes y ont été admises en 2023, dont près de 2200 militaires, et notamment des sous-officiers. Au total, il y aurait 58 000 citoyens astreints au service civil, soit presque autant qu’à la protection civile.

Dans le même temps, l’armée fait face à un manque de personnel. Devant libérer deux classes d’âge en 2028 et 2029 et faisant face à de nombreux départs (blessures, service civil, etc.), les effectifs, qui atteignent aujourd’hui plus de 146 000 militaires, devraient diminuer d’environ 20 000 d’ici la fin de la décennie. Cette situation touche particulièrement les cours de répétition, qui se déroulent ainsi dans des conditions loin d’être optimales. L’organigramme n’étant pas complet, il peut manquer certaines fonctions clés tandis que la capacité à durer se trouve sensiblement diminuée.

Les mesures sus-citées visent donc à diminuer le nombre d’admissions au service civil, à 4 000 environ. Mais la gauche ne l’a pas entendu de cette oreille et a saisi le référendum. Celui-ci a été mené tambour battant, puisque 57 000 signatures ont été déposées le 15 janvier dernier.

La campagne qui va s’ouvrir sera passionnée et passionnante, puisqu’elle se déroule dans un contexte géopolitique sensible. La tâche ne sera pas facile pour la droite et les milieux pro-armée. En effet, si les militaires « désertent » l’institution en masse, c’est que celle-ci ne leur convient guère. Des questions de confort sont sûrement impliquées, mais ce ne sont pas les seules motivant nos jeunes à quitter notre outil de défense : manque de sens, instruction de mauvaise qualité, organisation déficiente, matériel obsolète, etc. Autant d’éléments qui pèsent évidemment sur la motivation des astreints, et on ne saurait leur en vouloir.

Faute d’avoir mené des réformes à temps, le DDPS se retrouve ici dans une position délicate : il ne pourra nier les trop nombreux récits de conscrits dégoûtés par leur passage sous les drapeaux que la gauche ne manquera pas de mobiliser. Dès lors, comment motiver la population à soutenir une institution dans laquelle elle n’a manifestement pas toujours d’affection, et cela d’autant plus avec les dossiers ADS-15 ou F-35 qui ne cessent de la décrédibiliser ?

Dans ce contexte, il serait avisé d’avoir un ou plusieurs projets de révision de l’instruction sous le coude lors de la votation, de manière à couper quelque peu l’herbe sous le pied des opposants au service militaire. Outre l’aspect électoral, cela ne sera dans tous les cas pas une mauvaise chose pour notre armée.

Quelle forme pourrait avoir cette révision ? Comme nous le disons depuis un moment, l’augmentation du nombre d’officiers et de sous-officiers de carrière, très faible chez nous, pourrait constituer une piste pour améliorer le quotidien des soldats. En plus de décharger les cadres de milice, ils permettraient certainement une augmentation sensible du niveau de formation de la troupe et éviteraient peut-être les trop nombreux temps-morts qui rythment malheureusement la vie en uniforme. Nos officiers font certainement du mieux qu’ils peuvent, mais ils restent des militaires « à temps partiel », qui doivent non seulement apprendre leurs propres tâches, mais en sus instruire leurs subordonnés. Cela fait beaucoup de choses, dans un temps relativement court qui plus est.

L’augmentation du budget, relativement restreinte malgré tout, dont bénéficie l’armée doit, selon nous, en priorité être utilisée pour améliorer la manière dont les citoyens vivent leurs obligations militaires, et non uniquement l’acquisition de nouveaux systèmes. Il ne s’agit pas ici de marketing ou de mode, mais tout simplement d’une question fondamentale pour notre outil de défense. Sans effectif, et avec une confiance limitée dans notre armée, celle-ci ne saurait remplir sa mission.

Source :

Conseil fédéral, « Message concernant la modification de la loi fédérale sur le service civil », 19.02.2025 : https://www.fedlex.admin.ch/eli/fga/2025/784/fr

PAUCHARD, Yan, « Le parlement durcit les conditions d’entrée au service civil », in Le Temps, 24.09.2025 : https://www.letemps.ch/suisse/le-parlement-durcit-les-conditions-d-entree-au-service-civil

PAUCHARD, Yan, « Faut-il moins de civilistes en Suisse ? Le peuple tranchera » in Le Temps, 15.01.2026 : https://www.letemps.ch/suisse/faut-il-moins-de-civilistes-en-suisse-le-peuple-tranchera

Communiqué de presse du DDPS, 13.11.2025 : https://www.vbs.admin.ch/fr/newnsb/xuwUeOIz_xaTbi1NC9840