Au mois d’août 2025, le Conseil fédéral a présenté son budget 2026, et parmi celui-ci figurait évidemment celui du DDPS. Celui-ci peut compter sur des dépenses courantes de 5,140 milliards de francs, en hausse de 169 millions de francs par rapport à 2025. En revanche, les dépenses d’investissement devaient connaître… une baisse de 74 millions par rapport au budget précédent. Elles devaient en effet se monter à 2,716 milliards de francs, répartis comme suit : 1,883 milliards pour le matériel d’armement (Air2030, Mortier 16, chars de pionniers 21, Système modulaire d’habillement et d’équipement, Modernisation des télécommunications de l’armée et Équipement des centres de calcul du DDPS), 360 millions pour Équipement personnel et matériel à renouveler (BER), 150 millions pour les Études de projets, essais et préparatifs d’achats (EEP) et 323 millions pour Munitions d’instruction et gestion des munitions (BMI). À noter qu’il faut faire la différence entre le Programme d’armement annuel, qui est une autorisation de procéder aux acquisitions proposées, et le budget, qui permet de payer lesdites acquisitions dans les années qui suivent.
Lors de la session de décembre dernier, le Parlement s’est justement penché sur le budget fédéral. Comme déjà relaté, il a désiré augmenter de 10 millions de francs le budget de l’Office fédéral de la cybersécurité (OFCS). Nous ne reviendrons donc pas sur ce volet.
En revanche, les investissements en matière d’armement ont été source de débats. Et, comme nous allons le voir, c’était « 2 chambres, 2 ambiances ». Au Conseil des États, le premier à empoigner l’objet, Andrea Gmür-Schönenberger (LC, LU) a proposé d’augmenter ce poste de 300 millions de francs via un amendement. La Commission concernée a quant à elle proposé une croissance plus modérée, de 70 millions, accroissement d’ailleurs soutenu par le Conseil fédéral. Celle-ci serait en partie compensée (25 millions) sur le fonctionnement général de l’administration du DDPS et ne serait en réalité qu’une anticipation de l’augmentation prévue en 2028, qui sera amputée d’autant. La chambre des cantons n’a pas soutenu l’idée de Mme Gmür-Schönenberger, au motif qu’il n’y avait pas de stratégie pour dépenser cette manne supplémentaire.
Cet argument semble quelque peu curieux. D’une part, il n’y en avait pas plus pour ces 70 millions – l’utilisation de ce montant n’a pas été précisée en plénum -, et d’autre part, les besoins et acquisitions nécessaires et peu risquées ne manquent pas : remplacement des M-113 par des Eagle V déjà en cours d’introduction auprès de la troupe, alimentation des stocks de munitions ou encore une tranche de RCH-155 supplémentaires, par exemple. Il semblerait bien que derrière la question de la stratégie se cache en réalité une certaine rigidité budgétaire. Si celle-ci est de bon aloi en période de calme et de stabilité géopolitique, les temps agités que nous connaissons incitent selon nous à faire preuve de plus de courage de ce côté-là. En cas de crise, avoir une dette fédérale plus faible de quelques pourcents ne nous servira guère.
Les arguments en faveur d’un rééquipement plus rapide de notre armée n’y ont rien fait. Les conseillers aux États ont souhaité mordicus en rester à la stratégie visant à atteindre 1% du PIB pour la défense en 2032. La proposition de la commission a ainsi été soutenue par 30 voix, contre 13 pour celle de Mme Gmür-Schönenberger et une abstention.
Comme dit plus haut, les propositions étaient d’une toute autre couleur à la chambre du peuple. Le PLR a soutenu la décision du Conseil des États, de même que le Centre et l’UDC. La gauche ne l’entendait cependant pas de cette oreille.
Une minorité issue des Verts a en effet proposé de geler les paiements concernant l’avion de combat F-35, avec pour conséquence une large baisse du budget d’investissement (-896 millions) de l’armée. Ce même parti a, une fois de plus, tenté de supprimer les subventions aux sociétés de tir (9,7 millions), considérant qu’encourager les gens à s’entraîner au maniement des armes n’amenait rien en termes de capacités de défense. Comme l’a relevé l’UDC Christoph Riner (AG), cet amendement revient chaque année et il est également rejeté chaque année. Curieuse stratégie que d’agacer tout le Parlement et de lui faire perdre son temps…
Comme l’a justement souligné l’élue à la rose Sarah Wyss, il semble curieux de vouloir augmenter les investissements dans le domaine de la défense tout en diminuant la taille de l’administration, alors que les acquisitions en cours ne sont pas toujours conduites de main de maître. Cela risque de faire croître les risques de mauvaise gestion et de scandales. Le Conseil fédéral a soutenu les réflexions de l’élue socialiste et a d’ailleurs expliqué que, contrairement aux vœux du Parlement, les dépenses de fonctionnement n’avaient guère pu être diminuées. Il est même prévu une croissance de 169 millions pour ce poste en 2026, notamment parce qu’une grande partie des systèmes vieillissent et coûtent donc de plus en plus cher en maintenance, sans parler des besoins en matière d’informatique, de cybersécurité ou même de renseignements.
C’est finalement bien la proposition du Conseil des États qui a été soutenue par 121 voix contre 73 et une abstention.
On le voit donc, le flou semble toujours quelque peu régner au Parlement, et notamment à droite, sur le soutien à apporter à l’idée de rééquiper l’armée. En effet, il y a une forte tension entre le rythme que la croissance budgétaire doit avoir et le strict respect du frein à l’endettement. Pourtant, ces mêmes élus n’hésitent pas à citer les services de renseignement allemands qui prévoient un conflit de grande ampleur d’ici à 2027-2028… Ces partis devront donc faire preuve d’un peu plus d’audace et d’inventivité s’ils souhaitent réellement que notre armée retrouve ses capacités de défense dans des délais raisonnables, faute de quoi il ne s’agira que de déclarations creuses et sans grand effet pour notre armée.
Sources :
Budget 2026, avec plan intégré des tâches et des finances 2027-2029 des unités administratives, chap. 5 : DDPS : https://www.fedlex.admin.ch/filestore/fedlex.data.admin.ch/eli/fgae/2025/78/fr/pdf-a/fedlex-data-admin-ch-eli-fgae-2025-78-fr-pdf-a.pdf
Objet 25.041, « Budget de la Confédération 2026 assorti du plan intégré des tâches et des finances 2027-2029 », 20.08.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20250041
Objet 25.041, « Budget de la Confédération 2026 assorti du plan intégré des tâches et des finances 2027-2029 », débat au Conseil des États, 02.12.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=69613
Objet 25.041, « Budget de la Confédération 2026 assorti du plan intégré des tâches et des finances 2027-2029 », débat au Conseil national, 08.12.2025 : https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/amtliches-bulletin/amtliches-bulletin-die-verhandlungen?SubjectId=69853